4 août 2021

Les trois piliers de la délégitimation d'Israël

Pour enflammer l’opinion à l’approche de Durban IV en septembre prochain, les têtes brulées internationales de l’antisionisme extrême ont centré leurs philippiques enflammées sur le thème de l’apartheid. Action coordonnée ? Chef d’orchestre agissant en coulisses ? Passions décuplées par l’approche du pogrom idéologique onusien ? Le fait est qu’une série de boules puantes éditoriales, diffusées au plan mondial,  scandent en parfaite résonance le feuilleton délégitimateur d’Israël. 
Jean-Pierre Bensimon

En Janvier 2021 B’Selem publiait un ‘’rapport’’, « Un régime de suprématie juive de la Méditerranée au Jourdain : c’est un apartheid » censé fixer le nouveau périmètre des forfaits israéliens. En avril tombait en écho un rapport tout aussi violent de Human Right Watch « Un seuil franchi Les autorités israéliennes et les crimes d’apartheid et de persécution » sur exactement le même thème et avec la même tonalité. En juin un sondage truqué, magnum opus de la manipulation, permettait au Jewish Electorate Institute, un organe de communication « prograssiste » au service de JStreet et de Israel Policy Forum, d’annoncer que pour un quart des Juifs américains Israël était un État d’apartheid. Fin juillet, une pétition de « 1000 personnalités internationales », intitulée « Pour que 2021 soit l’année de la fin de l’apartheid en Israël », s’étalait simultanément dans les grands quotidiens occidentaux, avec des variantes locales. 


Visiblement les procureurs de la cérémonie d’exécution rituelle de l’État juif  de septembre prochain ont choisi de centrer leurs imprécations  autour d’une accusation extensive d’apartheid. 

Le dispositif universel de délégitimation d’Israël repose aujourd’hui sur trois grands piliers : les accusations « d’occupation », « de colonisation » et « d’apartheid ». Le dernier pilier, objet d’une promotion  échevelée, n’occupe pas la première place dans la mesure où il n’est pas encore considéré comme recevable par l’Occident, même si Jimmy Carter l’avait fait sien et même si M. Le Drian en a soulevé la menace il y a quelques mois. Le secrétaire général de l’ONU a récusé en début d’année un récent rapport dans ce sens d’une commission du fameux Conseil des droits de l’homme, et le thème est exclu du discours officiel des USA, du Canada, et de l’Union européenne. Il fait surface dans les média les plus hostiles à Israël, mais finalement à titre secondaire.

Si le pilier « apartheid » reste plutôt une marque de fabrique spécifique des enragés de la destruction d’Israël, l’immense majorité des messages délégitimateurs qui labourent en profondeur les opinions occidentales sont centrés sur « l’occupation » et la « colonisation. »

L’anthropologie célèbre le Sapiens primitif, cueilleur et chasseur. Elle omet qu’il est aussi tueur (nos cousins Néandertaliens ont du en savoir quelque chose) et surtout menteur. Ces deux dernières qualités se sont conservées et épanouies dans le monde contemporain, en particulier dans les milieux du terrorisme pour la première et de la communication pour la seconde. 

On s’épuiserait à vouloir réfuter une bonne fois les trois piliers de la délégitimation d’Israël car ce n’est pas la vérité, la réalité des faits qui est en jeu. L’objectif, c’est le formatage de masse des esprits qui justifiera des coups mortels de la part des têtes brulées, et des politiques délétères de la part des Occidentaux.

Il est absolument sidérant de voir à quel point des absurdités peuvent avoir la force de l’évidence pour des esprits formatés par des messages répétitifs, à l'instar de la martingale à la Goebbels appliquée à Israël. 10% de l’humanité contemporaine serait « platiste », convaincue que la terre est plate. Quand Edward Saïd parcourait les États-Unis et l’Europe en prétendant que quelque occidental que ce soit ne peut pas avoir un regard que autre falsificateur et méprisant sur l’Orient, il était acclamé et il recevait des doctorats honoris causa à la pelle. Bernard Lewis qui lui opposait une réfutation définitive n’était pas entendu. 

Quand les « woke » américains affirment aujourd’hui que les « blancs » ne peuvent être que racistes parce que « blancs », ils emportent une adhésion féroce, y compris parmi les « blancs », au point que l’administration Biden a décidé d’imposer à ses fonctionnaires des stages obligatoires « coréens » de prise de conscience du « racisme systémique ».

L’absurdie n’épargne personne. L’Algérie prétend toujours souffrir de la colonisation française plus d’un demi siècle après son retrait de 1962. Les Indigènes de la république ont convaincu beaucoup de monde que l’immigration, c'était la colonisation en France. Août  2005 est loin, mais des tas de gens sont persuadés que Gaza est toujours occupée.

Cela ne signifie pas qu’avec le temps les choses ne peuvent .pas évoluer ni les mythes s’évanouir. La réalité ne reste pas indéfiniment muette. A terme, elle reprend ses droits et les signifie à ses détracteurs sans beaucoup d’égards.

Un travail pédagogique prolongé appuyé par la réalité a de l’avenir. Ce travail doit aider la vérité à s’imposer. Quand on a appris que la fortune de Yasser Arafat était supérieure au patrimoine de la reine d’Angleterre, une part de la vérité de la cause palestinienne a éclaté. 

La délégitimation infondée d’Israël finit par délégitimer les procureurs haineux. Encore faut-il ne pas émettre à ce sujet de messages confus. Georges Bensoussan par exemple, est plus qu’estimable, autant comme historien que comme homme. Ses apports à la connaissance de l’histoire d’Israël, à la connaissance du judaïsme en Orient, à la connaissance de la Shoah et ses remarques cinglantes sur la soi-disant Shoah par balles, sont des biens vraiment précieux qu’il nous a offerts. 

Quand il a eu connaissance de la pétition des « 1000 personnalités », il a rédigé un texte pour pourfendre le mythe si inadéquat de l’État d’apartheid avec l’intention la plus louable. 

Malheureusement, il a introduit dans ce texte la phrase suivante : « Une occupation militaire ? C’est vrai et c’est condamnable, parce qu’elle génère de l’oppression. » 

Ce faisant, avec tout son prestige, il donnait du crédit  à deux des piliers de la délégitimation d’Israël sur trois. Occupation-colonisation étant les deux piliers principaux, les plus enracinés dans les segments de l’opinion qu’il s’agit justement d’éclairer.

Occupation militaire a-t-il dit. On peut penser qu’il parle de la Cisjordanie. Alors pourquoi Israël est-il militairement présent en zone C ? 

Il l’est, non pas pour « occuper », mais pour se défendre, pour établir une ligne de contrôle face aux infiltrations potentielles d’hommes, de missiles de précision, de drones, éventuellement de colonnes blindées, à proximité de la ligne/frontière de 1967 où seuls 15 km le séparent de la mer. Israël a des ennemis nombreux et puissants mais il n’a aucune profondeur stratégique. Il lui faut donc en acquérir.

Ensuite il est là en exécution d’accords de sécurité israélo-palestiniens qui sont une assurance-vie pour l’OLP, le Fatah et l’Autorité palestinienne du haut en bas de la pyramide. Ces accords permettent aussi à Israël de déraciner les cellules du Hamas dès qu’elle se constituent, pour le bien de tous.

Il est là aux termes de l’accord intérimaire international de 1995 qui lui attribue en zone C tous les pouvoirs d’administration et de sécurité.

Il est là enfin parce que suite à la guerre de 1967 il a été attaqué par la Jordanie et que les lois de la guerre lui ouvrent des droit sur ces territoires, confirmés pas les résolutions 242 et 338. Le statut de ces territoires dépourvus d’une administration légitime depuis le retrait britannique de 1948, et l’existence de revendications concurrentes israéliennes et arabes en font un territoire disputé. Les offres israéliennes de règlement de 2000, 2001 et 2008 ayant été écartées par les Palestiniens la situation n’est toujours pas réglée.

Si les tribunaux militaire perdurent dans cette zone, c’est parce qu’Israël applique le droit pénal britannique tel qu’il l’a trouvé en 1967. S’il introduisait la législation israélienne, il annexerait  unilatéralement de facto ce territoire disputé dont le statut devra être arrêté par la négociation quand elle sera possible. D’ailleurs les droit individuels y sont protégés comme nulle part ailleurs dans la mesure où tous les justiciables palestiniens peuvent faire appel directement devant la Cour Suprême.

Il n’y a donc pas d’occupation militaire israélienne en Cisjordanie mais une présence militaire qui « occupe » et « opprime »  d’autant moins que la population palestinienne est insignifiante dans cette zone. Plus de 90% de la population arabe palestinienne des territoires est administrée par des Palestiniens. Les Américains ont-ils occupé la France ou l’Allemagne après la seconde guerre mondiale parce qu’ils étaient militairement présents ? Ils étaient là pour protéger les Européens face à l’ours soviétique tout en garantissant un « containment » du communisme conforme à leurs intérêts.

L’affirmation de Georges Bensoussan qu’il y a une occupation militaire israélienne générant l’oppression alimente donc le grand récit délégitimateur palestinien et occidental. C’est se tirer une balle dans le pied. Les efforts de survie de l’État juif sont requalifiés par un de ses partisans en agression condamnable. Si Israël devait obéir mot pour mot à cette injonction, il devrait quitter les anciennes Judée et Samarie, laisser s’installer sur place le Hamas, concéder les abords de son mince territoire de 15 km à ses ennemis insatiables, et essuyer dos au mur les guerres djihadistes inévitables. L’expérience de Gaza n’est-elle pas aveuglante ?

Rappelons-nous, il y a trois grands piliers dans le dispositif  international de délégitimation d’Israël. Il faudra les pousser tous trois en même temps pour que l’édifice immonde s’effondre enfin. Georges Bensoussan est l’une des personnalités les plus capables d’y contribuer.

Jean-Pierre Bensimon  

Première publication : 4 août 2021


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