7 juillet 2021

Efraim Karsh : les citoyens arabes sont le "principal danger" pour l'avenir d'Israël

Selon Efraim Karsh, le "principal danger pour le succès d'Israël sur la durée, voire pour son existence à long terme" n'est pas posé par l'Iran ou par la myriade de supplétifs islamistes armés qui opèrent le long de ses frontières, mais par les citoyens arabes d'Israël.

 Représentant environ un cinquième de la population, les ceux-ci en sont venus, au cours du dernier quart de siècle, à embrasser une identité palestinienne, à "rejeter la pérennité de l'existence d'Israël comme État juif" et à employer "des moyens à la fois violents et ... sophistiqués pour atteindre cet objectif".

Leur radicalisation ne repose pas sur des griefs économiques. Le premier ministre israélien sortant, Benjamin Netanyahou, a "amélioré le sort des ... Arabes israéliens au cours de la dernière décennie ", et leur a permis de mieux "[s'intégrer] dans la société israélienne " et de bénéficier de davantage de " bien-être économique et social."

Bien que les "racines historiques" de la radicalisation des Arabes israéliens remontent à l'occupation par Israël de la Cisjordanie et de Gaza et à l'émergence de l'OLP dans les années 1960, ce sont les accords d'Oslo de 1993 qui ont véritablement lancé cette transformation. Le processus d'Oslo a "introduit l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) au cœur de la politique israélienne".

Yasser Arafat, l'ancien président de l'OLP, s'adressait à la population arabe d'Israël, qu'il appelait "les Arabes de 1948", en citant des versets du Coran pour l'inciter à combattre les Juifs, et il leur promettait de les mettre "au-dessus" de leurs oppresseurs. Une nouvelle génération de dirigeants arabes israéliens et de partis politiques arabes israéliens nouvellement créés (par exemple Balad et Ta'al) ont ouvertement embrassé les idées d'Arafat et remis à l'ordre du jour les thèmes de discussion de l'OLP en appelant Israël à devenir un État de "tous ses citoyens"  un code pour demander "la fin de l'État juif". Le leader de Ta'al, Ahmad Tibi, a même été officiellement le conseiller d'Arafat. Un document de 2006 intitulé "Vision d'avenir", publié par un comité de chefs de municipalités arabes israéliennes, qualifiait l'État d'Israël d'implant "colonial" et demandait la reconnaissance par l'État des "Arabes palestiniens" en Israël en tant que "groupe national indigène" doté d'un "droit de veto" officiel. Lors d'une récente manifestation anti-Netanyahou sur la place Habima de Tel Aviv, "des dizaines de drapeaux de l'OLP étaient présents, [mais] pas un seul drapeau israélien".

L'escalade des exigences des Arabes israéliens est allée de pair avec l'utilisation d'une "violence croissante" de leur part "chaque fois" qu'Israël en est venu aux mains avec ses adversaires. La guerre de 11 jours entre Israël et le Hamas de mai dernier a été le théâtre d'une violence arabe israélienne d'une ampleur sans précédent. Alors que le Hamas tirait des milliers de missiles sur le pays, des Juifs étaient attaqués dans les rues de villes israéliennes démographiquement mixtes qui étaient "censées être des vitrines de la coexistence", a souligné Karsh. "Des synagogues ont été incendiées, une douzaine environ, et des centaines de magasins et de maisons privées ont été mis à sac."

Ces violences ont montré d'un coté que les Arabes israéliens sont de plus en plus " nationalistes, radicalisés et islamisés ", mais de l'autre que le Hamas a supplanté l'OLP comme principal vecteur d'influence en Israël.

M. Karsh a critiqué l'inclusion du parti islamique israélien, une émanation des Frères musulmans, dans la nouvelle coalition gouvernementale. Même si les promesses de son chef, Mansour Abbas, d'"utiliser le système israélien" pour promouvoir les intérêts arabes israéliens sont authentiques, "il ne faut pas confondre pragmatisme et modération". "Le pragmatisme signifie "je ne vais pas atteindre mon objectif en me frappant la tête contre le mur sans répit'", et de nombreux "pragmatiques" sont devenus les pires délinquants de l'histoire. "Hitler était un pragmatique jusqu'à un certain point : il a obtenu la Tchécoslovaquie sans tirer un seul coup de feu".

À l'avenir, les Forces de Défense d'Israël (FDI) doivent "se préparer à une guerre multi-frontale" au cours de laquelle les Arabes israéliens se joindront au Hamas et au Hezbollah pour attaquer l'Etat juif. Selon M. Karsh, il y a "un demi-million d'armes illégales dans les quartiers arabes", et leur collecte nécessitera une opération majeure des FDI impliquant des fouilles "maison par maison".

Entre-temps, les Israéliens juifs doivent fixer des "lignes rouges et des règles du jeu" claires à l'égard des Israéliens arabes. Ils doivent se féliciter de leur intégration dans la société en jouissant de  tous leurs droits, mais aussi souligner fermement qu'"Israël est un État juif ...". [et] vous n'y pouvez rien ".

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Titre original : Efraim Karsh: Israel's Arab Citizens Are the "Main Danger" to Its Future

Auteur : Efraim Karsh, est rédacteur en chef du Middle East Quarterly et directeur du BESA Center for Strategic Studies. Il s'est exprimé lors d'un webinaire du Middle East Forum du 7 juin 2021 portant sur la radicalisation croissante de la communauté arabe israélienne.

Parution : Marilyn Stern a rédigé le compte rendu du Webinaire qui est paru sur le site du Middle East Forum le  6 juillet 2021

Traduction du compte rendu : Jean-Pierre Bensimon


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