2 juin 2021

Trois méditations

Ces trois pièces ont été écrites au lendemain de l’opération à Gaza, comme pour reprendre mes esprits après le tsunami symbolique qui venait de se produire,  en comprendre le sens et ne pas perdre le souvenir de ce qui venait de se passer, en tirer des enseignements et entendre l’appel qu’il lance pour l’avenir.
Shmuel Trigano


L’esquisse d’une Saint Barthélémy

L’ampleur du soulèvement nocturne des citoyens musulmans israéliens, en pleine guerre contre le Hamas et sous les roquettes, doit être remarquée. Elle montre qu’il n’était pas improvisé mais prémédité et organisé. Qu’il soit violent (attaques contre les Juifs, saccage de villes mixtes) ou silencieux (la grève générale), il a bénéficié du réseau des mosquées, pour les actes violents, comme de la capacité de centralisation de la « Commission de suivi des Arabes d’Israël ». Il a éclaté dans plusieurs régions du Pays, du nord au sud, à Jérusalem, ce qui lui donne un portée nationale. La coordination manifeste avec le Hamas et les populations de Judée Samarie lui confère, de surcroît, une portée internationale. Le terme de guerre civile vient à l’esprit car il y a là une attaque coordonnée avec l’ennemi en situation de guerre, attaques de concitoyens, visés alors qu’ils sont sous le feu des roquettes, levée de drapeaux ennemis dans des manifestations violentes, routes bloquées…

Les actes étaient unilatéraux et discriminatoires. Ce n’est que dans un deuxième temps, une fois la provocation faite, qu’il y a eu des actes de revanche et des tentatives d’autodéfense dans une situation où la police israélienne étaient dramatiquement absente, notamment  dans deux villes, Lod et Acre où saccages et agressions furent au maximum. Certaines routes régionales dans le Negev, notamment autour de la ville Arad, furent bloquées hermétiquement  pendant plus de deux jours par des Bédouins israéliens de la région rendant la vie des résidents d’Arad un cauchemar.. La police  n’était toujours pas arrivée un jour après..

Ces faits démentent toute symétrie entre les Juifs et les Arabes. La provocation s’est faite jour au départ parmi les citoyens arabes musulmans.

D’après les autorités de police, depuis mardi 18 mai:

112 maisons juives ont été brûlées durant les émeutes, aucune ne l’a été par les Juifs (la tentative d’incendie de la maison d’une famille arabe à Jaffa, qui avait attribuée à un Juif s’est avérée par l’enquête de police avoir été le fait d’un musulman).

386 maisons juives ont été pillées  (aucune maison arabe ). 673 maisons juives ont été vandalisées contre 12 maisons arabes .849 voitures appartenant à des Juifs ont été incendiées, contre 13 voitures appartenant à des Arabes.

28 mosquées se sont avérées être des dépôts d’armes (pierres et cocktails Molotov entreposés), 10 synagogues et institutions gouvernementales dans la ville de Lod, au centre du pays, ont été incendiées. Tous les commerces juifs dans la vieille ville d’Acre ont été totalement vandalisés. Aucune mosquée n’a été attaquée ou brûlée. 22 oratoires musulmans se sont avérées être des lieux d’incitation à la violence contre les Juifs. Il y a eu deux lynchs: un Juif à Acre a été sauvé par un voisin arabe, un Arabe à Jaffa qui a survécu.

Plus de 5 000 incidents de lapidation des Juifs ont été enregistrés, contre 41 incidents de ce type contre des Arabes.

À l’inverse, les Juifs qui ont utilisé des armes en état de légitime défense ont été arrêtés par la police pour l’utilisation illégale d’armes  à feu, alors que, jusqu’à présent, aucun Arabe ne l’a été malgré les blessures de plusieurs Juifs dans des incidents de tir et un mort à Lod.

Acre et Lod, ainsi que Jérusalem, ont été les théâtres les plus graves des émeutes au point où les témoins et les observateurs y ont vu  des pogroms, au déroulement le plus classique qui soit à l’image des pogroms antijuifs dans le monde arabe à travers l’histoire. Ces pogromes, ou l’esprit pogromique, n’ont rien à voir avec un quelconque nationalisme mais avec le djihad auquel le Mufti d’El Aqsa et les muftis d’Israël ont appelé, un appel fomenté dans les coulisses par le Hamas qui lorsqu’il tira deux roquettes sur Jérusalem a fait accroire qu’il lançait la guerre sainte pour libérer Jérusalem.


L’éclipse du sionisme

Dans la série massive d’événements auxquels nous avons assisté, il en est un ou plutôt une catégorie d’évènements plus grave que  les autres dans la mesure ou il met en jeu le sentiment fondateur du sionisme qui inspire l’ensemble  de son œuvre et qu’on peut définir comme l’esprit du sionisme. Durant ces émeutes auxquelles, en Israël, nous avons assisté en temps réel par télévision interposée nous avons eu, ceux d’un certain âge, ceux qui ont connu monde arabe, et sans doute aussi les survivants de la Shoah, nous avons eu le sentiment de revivre un cauchemar dont le sionisme seul nous a libérés: celui de l’agonie sous l’attaque des antisémites, de l’attente de l’armée qui ne vient pas vous défendre, celui de l’abandon. La police fut absente. L’armée attendant  (quel État « fasciste »!) l’autorisation du Conseiller juridique du gouvernement pour intervenir contre les citoyens que sont les musulmans. Les Bédouins et les Arabes bloquaient les routes qui du coup devenaient incertaines sur le plan de la sécurité: faire des détours, se renseigner sur la sécurité des régions, faire des détours pour éviter les barrages musulmans, pour ne pas mourir sous les jets de pierres ou les coups? Les Juifs de Lod, pour surveiller leur maison abandonnée et la soustraire au pillage ont bénéficié de groupe de défense civils venus occuper leur maison pour qu’elle ne soit pas razziée pendant l’absence des familles ayant fui le théâtre des opérations…

A vrai dire cela faisait plusieurs semaines que l’on savait que l’État avait perdu une partie de la maitrise du territoire. Dans certains quartiers de Jérusalem, depuis longtemps, dans tout le Néguev, sur lequel les Bédouins ont fait main basse avec des vols agricoles (au point qu’une ligue civile des exploitants s’est constituée pour faire des rondes et empêcher ces vols. Les Bédouins israéliens ont aussi fait main basse sur la maitrise des routes, où la délinquance du code de la route fait des ravages. En Galilée autour des villages arabes dans les parages desquels il ne fait pas bon s’aventurer c’est la même insécurité. Ici aussi la délinquance agricole s’est installée. Le plus grave surtout c’est que dans tous ces territoires, les armes illégales sont présentes en masse qui un jour pourront se retourner contre Israël et faire régner la terreur au coin de la rue, à la façon d’une libanisation du pays. Tous ces derniers mois, la délinquance et les meurtres se sont multipliés dans la communauté arabe au point que celle ci a de nombreuses fois manifesté pour plus de police et pour le désarmement des mafias arabes qui mettent en coupe réglée les Arabes sur fond de querelles et de vengeances tribales. Selon une étude de la police, ce serait surtout ces réseaux mafieux («les jeunes » des « quartiers français) qui ont perpétré les émeutes récentes en se blanchissant religieusement, au nom du djihad et, dans une bien moindre mesure, le nationalisme palestinien qui est plutôt le propre des anciennes élites, celles dont les députés (« La liste commune ») sont à la Knesset.

Une histoire a bénéficié d’une grande diffusion dans les réseaux sociaux arabes, celle  d’un policier israélien qui gravissait en courant les marches de la mosquée d’Omar et qui dans sa lancée se vit poussé du haut des escaliers par un émeutier arabe avec les ovations de la foule. Cette scène humiliante a provoqué une vague de soutien parmi les musulmans dans le monde entier qui y ont vu la chute d’Israël

Avigdor Kahalani, héros de la Guerre de Kippour et ancien ministre de la Sécurité intérieure pose la question : « Israël doit se demander vers où il va et où il sera d’ici dix ans. Je crois que nous allons assister à un effondrement des systèmes (…) Nous avons pris les gens qui sont censés assurer notre protection et nous leur avons tiré le tapis de dessous les pieds (…) Il nous faut impérativement faire un ‘reset’ et faire redémarrer le tout dans notre manière de concevoir l’ordre du jour national. Aujourd’hui, nous ne dirigeons plus les événements, le Néguev ne nous appartient plus (…) Lorsque j’ai vu ce policier attaqué sur le Mont du Temple, si j’avait été son père ou le ministre de la Sécurité intérieure, je n’aurais jamais laissé passer cela. Nous ne combattons plus pour notre liberté ou notre indépendance. Nous avons mis le drapeau en berne (…) Quelque chose est en train de se passer dans notre de pays ».

Ce déluge de régressions au passé furent relayés plus tard par les attaques de Juifs, battus dans les rues de grandes villes américaine par des gauchistes et des islamistes mettant en œuvre l’appel du Hamas au Djihad. Le Juif éternel, le Juif du ghetto battu dans les rues de New York! Une terrible régression s’est abattue sur nous, démentant 70 ans de sionisme, de fierté, de liberté, de constructivité. La création d’Israël n’aurait donc rien changé? Le pogromiste n’attendait qu’un signe pour castagner le « sioniste »? Et quel respect inspirerait encore le sionisme à ceux qui en abattent les symboles dans les rues d’Israël?

Mais avant tout c’est dans le sionisme lui même qu’on perçoit l’atonie. Cette victoire militaire tout d’abord qui n’est pas une victoire politique, qu’annonce-t-elle de l’impasse où se trouve l’État sioniste face à un ennemi qu’il n’arrive pas à détruire peut être parce qu’il n’en a plus la force ni la capacité. Trop humaniste, trop démocrate, trop juridique! Comme personne d’autre ne l’est au point que les autres y perçoivent une monstruosité! Quelle est cette souveraineté qui dépend en tout des Américains, déjà les Accords d’Abraham sentaient-ils le renoncement à la Judée Samarie, la perte objective de Jérusalem, qui se confirme aujourd’hui sous le parapluie d’une puissance américaine qui n’a fait au long de l’histoire que restreindre la souveraineté israélienne à coup de plans dans lesquelles Israël devenait un État théorique? Quelle nouvelle, dont tout le monde se félicite, que Biden défende le droit d’exister d’Israël, 73 ans après! S’en réjouir c’est estimer que la légitimité et la légalité d’Israël sont au plus bas. Et qu’en sera-t-il de ce futur ambassadeur à la traîne d’un Obama qui fut si antisioniste? Où est la puissance juive qui inspire le respect aux autres nations? Cet État fagoté dans les cordes de la « proportionnalité » qui interdit aux Juifs le droit de se défendre? Et que faire devant le scandale des médias occidentaux qui falsifient la réalité des événements et mènent une campagne de haine contre les Juifs qui ne peut qu’encourager les agressions, sans que personne ne réagisse?

Mais c’est au jour le jour que cette éclipse du sionisme se manifeste, parmi ses représentants même. Voici quelques expressions de cette dérive recueillies dans les premiers jours qui ont suivi les événements.

-Le chef de la police si défaillant a mis dos à dos les « terroristes » juifs et les « terroristes » arabes

-les tribunaux de Haïfa et de Yafo ont relaxé les émeutiers arabes,

-Les journalistes israéliens se sont empressés de mettre dos à dos les émeutiers juifs et les émeutiers arabes

-A Haïfa et à  Jérusalem les officiers recommandent aux soldats du contingent de ne pas porter leur uniforme et leur arme  à l’université pour ne pas être agressés. Les soldats (réservistes) refusent et font grève

-la cérémonie de serment due la nouvelle promotion du Nahal au Kotel annulée pour ne pas provoquer

-«Les Juifs pourront  visiter le Mont du Temple, vivre où ils veulent et où la Cour suprême leur dira où ils peuvent vivre» selon les mots du ministre de la défense Gantz. Donc une liberté par tempéraments? Une forme de ghetto juridique? Si l’on met « Arabe » au lieu de « Juifs » on mesure le scandale que cette phrase provoquerait

-Comment est-il possible que le Mont du Temple soit aux mains d’une puissance étrangère et que les Juifs y soient interdits de prière?

-Tsippi Livni au bilan si médiocre met dos à dos (sur la scène de la TV 12) la Loi de la Nation et la Nakba

-Un policier qui il y a cinq ans a éliminé un terroriste vient d’être mis en examen par le procureur de l’État. Je rappelle un sondage: 60% des soldats du contingent craignent davantage l’officier juridique qui les accompagnent que l’ennemi. L’armée israélienne n’a plus l’ambition de vaincre l’ennemi.

-le scandale des corps des soldats morts non restitués à Israël depuis 7 ans alors qu’Israël nourrit par « humanisme» son ennemi en lui livrant vivres et électricité . Au profit de qui est l' »humanisme »?

Si l’on cherche une explication générale à cette dégradation inquiétante, il ne faut pas chercher loin: cela fait des mois que les manifestations (des anarchistes du groupe  « Crime Minister ») contre le pouvoir ont sapé l’autorité de l’État en donnant à penser aux Arabes qu’eux aussi pourraient le faire « au nom du droit à manifester » et miner le pouvoir objectivement. N’est ce pas ce qu’ils ont fait déjà avec la grève générale réussie? Cela fait des années que la traque de Netanyahou et les exclusions personnelles de principe d’hommes politiques irresponsables ont rendu impossible la constitution d’un gouvernement. Ils ont fait qu’au sein du « gouvernement parithétique » ,il y a une opposition qui sape toute gouvernance au lieu de diriger le pays. La gouvernance du pays est en ruines. L’ennemi le voit et le sait. Il croit que son heure est arrivée. L’impossibilité de former une coalition a donné une importance aux partis arabes qui deviennent ceux qui peuvent arbitrer la vie politique du pays, instaurant la dictature de la minorité, marché d’échange inespéré pour l’intransigeance et l’irrédentisme de ces partis. Le soulèvement des émeutes (sous l’influence de « la ligue islamiste du Nord »et la réflexion politique froide et calculée (pour le Comité de suivi) le montrent, autorisant  les discours qui récusent l’État juif.

On peut s’attendre à l’internationalisation de ce soulèvement des Arabes israéliens sur la scène mondiale dans les temps qui viennent. L’enjeu majeur est la continuité du sionisme et de la souveraineté d’Israël.


La guerre à venir et l’irrédentisme palestinien

L’événement sans doute le plus décisif est celui de la grève générale déclenchée par la « Commission de suivi » des Arabes israéliens et obéie comme un seul homme.   Nous connaissons depuis longtemps cette « Commission de suivi» qui se comporte comme une sorte de gouvernement parallèle, élaborant ce qui ressemble à un projet national pour les Arabes israéliens qui ne peut que conduire à un État palestinien sécessionniste et dans le meilleur des cas à un État bi-national. Signalons au passage  que la gauche israélienne, des universitaires israéliens, ont accompagné sa naissance, ce qui montre que l’enjeu de survie d’Israël est aussi un enjeu interne…

Certes, ce document représente un scandale sur le plan constitutionnel et des normes de la démocratie mais le plus grand scandale, en forme de défi, c’est que  ce groupement soit obéi comme un seul homme  pour une grève au message trouble. Que signifierait-elle sur le plan politique? Les émeutes sont le fait des Arabes. Le Comité de suivi adopte donc la révolte au lieu de manifester ses regrets pour les débordements qui se sont produits. Et l’ensemble de la rue arabe le suit en compagnie du parti arabe à la Knesset. Le discours du comité de suivi est clair: il affirme ainsi que sa fidélité va aux Palestiniens de Gaza et des territoires et sans doute aussi à ceux de Jordanie et manifeste objectivement sa distance avec l’État d’Israël dont ses membres sont les citoyens.

En somme, il revendique non seulement un statut national en Israël, mais aussi le lien au reste des populations palestiniennes dans les autres pays. Il s’affirme comme faisant partie du même peuple que l’Autorité palestinienne, au territoire défini comme « occupé », et bien entendu les habitants de Gaza. On peut parier que si ce projet réussit il affirmera l’unité avec les 75% de Jordaniens qui sont « palestiniens ». L’État d’Israël aura entretemps disparu et les Juifs redevenus des dhimmis.

Le Hamas a retrouvé le moyen de solidifier ces blocs de population avec le djihad d’El Aqsa, le seul territoire de l’Israël d’après 1967 que les Israéliens n’ont pas voulu intégrer pour en remettre les clefs à la Jordanie et au Mufti palestinien. Là par où Israël n’a pas été fidèle à sa vocation et son histoire, c’est par là que ses ennemis entrent en masse

Cet organisme a des ambitions d’action sur la scène internationale. Il semble inséparable de l’existence de la Liste unifiée, le parti ethnique arabe réunissant l’éventail politique arabe, des communistes aux islamistes dans un seul bloc qui  s’inscrit  dans la Knesset pour faire entendre son absence et sa non participation ainsi que sa non reconnaissance de la légitimité d’Israël. Ici aussi Israël s’est tiré une balle dans le pied car la Cour suprême a refusé l’action de députés de la Knesset demandant la destitution d’un parti qui refuse de reconnaître la légitimité de l’État, ce qui est la moindre des choses pour un parlementaire. Cette derrière année il y a eu une scission dans ce parti: les islamistes ont affronté les urnes seuls et leur leader a fait entendre un discours « idyllique » en faveur de la coexistence. Il faut le circonstancier car pour qui connaît les us et coutumes, les conceptions de l’islam, il n’y a ici, de la part du Frère Musulman qu’il est, qu’une réassertion de la sharya qui reconnait les Juifs comme religion (dominée et soumise) et pas comme peuple. 

Le discours de Mansour Abbas en hébreu n’est évidemment pas identique à son discours en arabe. De toutes façons Abbas dit clairement qu’il n’accepte pas un « État juif » mais un État bi-national. Aux dernières nouvelles, après la grève, après la visite d’Abbas à Lod, promettant de contribuer aux reconstructions des synagogues incendiées, un scandale a éclaté dans l’opinion arabe qui aurait poussé Abbas à rejoindre la Liste Unifiée. On peut d’ailleurs se demander si l’importance qu’ont pris les 4 députés du pari Raam pour former une coalition n’a pas conduit les leaders arabes à penser qu’ils avaient désormais une force politique qui leur permettait plus d’audace au point de se dresser contre l’État et de manifester des exigences quasi étatiques à la façon du Comité de suivi.

Nous avons là une bombe à retardement au cœur de l’État dont la classe politique israélienne ne se rend pas compte, voire qu’elle encourage, en ignorance totale des enjeux que cachent les belles paroles des Frères Musulmans. C’est l’existence même de l’État qui est concernée dans son cœur même, minée par les illusions mortelles de la démocratie multiculturaliste, le tombeau de la République et de la nation.

Auteur :  Shmuel Trigano 

Date de première parution : 29 mai 2021 sur Menora.info



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