2 juin 2021

Leçons de la guerre de Gaza

Le général de réserve Gerson Hacohen tire deux conclusions de la guerre contre le Hamas qui vient de se terminer. 1) Les forces armées d'Israël n'étaient pas en état de vaincre si, outre le Hamas et le front des émeutes intérieures arabes, elles avaient été simultanément confrontées au Hezbollah. 2) La présence continue des forces armées et des communautés civiles en Judée et Samarie est indispensable pour éviter l'apparition d'une menace supplémentaire encore plus sérieuse que le Hamas. (NdT)
Gerson Hacohen


Les performances défensives des  forces armées israéliennes (FDI) contre le Hamas lors de la dernière guerre ont été révolutionnaires. Pourtant, malgré leur supériorité opérationnelle, elles auront du mal à défendre Israël à l'intérieur des frontières de 1967, en particulier dans le cas d'un conflit sur plusieurs théâtres simultanément.

Lors de la récente guerre de Gaza, Israël a été confronté pour la première fois à la stratégie de Qassem Soleimani : l'enfermement dans un cercle de feu sur tous les fronts, y compris le front intérieur. Cette fois, les chefs  de Gaza, où la guerre s'allume de temps à autre, ont fait de la mosquée al-Aqsa et de Jérusalem un nouveau point de focalisation, en initiant les émeutes d'ampleur nationale des Arabes israéliens.

Dans son discours d'après guerre, le chef du Hamas, Ismail Haniyeh, a déclaré : "La campagne a ouvert une porte vers de nouveaux horizons." Heureusement, ces nouveaux horizons, et la menace qu'ils représentent, ne sont pas encore devenus réalité. Maintenant qu'il y a un cessez-le-feu, Israël a la possibilité d'en prendre la mesure.

En quoi a consisté la surprise dans cette guerre ? En termes d'opérationnalité, les FDI étaient prêtes à se battre. En même temps, les services de renseignement de l'armée admettent qu'il y a eu un certain degré de surprise dans la prise d'initiative du Hamas lors de cet épisode. La surprise résidait dans le cadre géopolitique choisi, le Hamas ayant centré sa campagne sur la question de Jérusalem.

Dans les batailles du siècle dernier, lors de la guerre des Six Jours et de la guerre du Kippour, l'ouverture des hostilités nécessitait un déploiement préalable des forces de l'ennemi, ce qui permettait d'obtenir des signes avant-coureurs de ses intentions. Lorsque le président égyptien Gamal Abdel Nasser a décidé en mai 1967 d'envoyer des forces dans le Sinaï, l'entrée dans le désert et le processus de déploiement des forces égyptiennes ont procuré à Israël un temps d'alerte. De même, à l'approche de la guerre du Kippour, il y avait des signes manifestes d'une guerre en préparation. Dans ce cas-là malheureusement, les services de renseignement des FDI choisirent de les ignorer. Depuis lors, l'évaluation des renseignements repose sur une surveillance étroite et systématique des signes annonciateurs. C'est là que le potentiel de surprise du Hamas, et plus encore celui du Hezbollah, ont introduit un changement essentiel.

A la différence des organisations militaires traditionnelles, le Hamas et le Hezbollah obéissent à une logique de guerre qui limite le temps de préparation d'une campagne. La plupart de leurs roquettes et de leurs missiles sont déployés en routine sur leurs rampes de lancement. Il en va de même pour une partie considérable de leurs forces, qui sont essentiellement locales. Les bataillons de Shuja'iya et de Jebaliya par exemple, sont composés d'habitants de ces quartiers, des combattants jusqu'aux commandants de bataillon. Le passage de la routine à l'état d'urgence est donc très rapide et les services de renseignement des FDI ne reçoivent que des avertissements fugaces.

Même dans les phases de routine, une fraction importantes des forces combattantes ennemies est déployée en permanence, constamment prête à l'action. Le bref délai nécessaire à l'ennemi pour lancer les hostilités, entre le moment où les dirigeants prennent la décision et celui où l'opération commence, est si bref que des salves de tirs surprise sont toujours possibles. Ce changement remet en cause les hypothèses de base du concept de sécurité de Ben-Gourion, dont l'une des pierres angulaires était de reposer sur la période d'avertissement.

Le raccourcissement du délai d'alerte oblige Israël à réviser son concept de sécurité. Dans le nouveau plan qu'il a formulé pour les FDI en matière opérationnelle, le chef d'état-major Aviv Kochavi a apporté des changements effectifs dans l'approche traditionnelle de la défense. De même, sous le précédent chef d'état-major Gadi Eisenkot, des ressources avaient été investies pour l'amélioration de la défense, avec notamment le mur de béton souterrain autour de la bande de Gaza.

Les performances défensives de l'armée israélienne contre le Hamas au cours du dernier cycle de guerre ont été révolutionnaires et elles ne doivent en aucun cas être minorées. Il convient également de noter que la marine israélienne a réussi à déjouer toutes les offensives de la marine du Hamas, que l'armée de l'air a abattu les drones du Hamas, dont un drone explosif qui visait la plate-forme gazière de Tamar, et que les mesures défensives prises à la frontière de Gaza ont empêché l'infiltration des commandos du Hamas. Les efforts déployés pour contrer les tirs de roquettes, et les performances des batteries de Dôme de fer, peuvent être ajoutés au palmarès dans le domaine défensif et sont également dignes d'éloges.

Plus largement, la menace que représente le Hamas à l'aune de la puissance de ses tirs de roquettes sur les villes israéliennes, doit déclencher des sonnettes d'alarme quant à un éventuel retrait israélien de Cisjordanie. Un État palestinien sur les frontières de 1967 ne sera pas démilitarisé et il pourra devenir une menace bien plus sérieuse que la bande de Gaza. L'ampleur de la production autonome d'armes par le Hamas et le Jihad islamique montre bien que la démilitarisation est une tartuferie et une illusion. La plupart de cette production autonome a été réalisée avec des machines et des matières premières civiles. Il n'y a aucun moyen d'empêcher un État de posséder des tours informatisés, des tuyaux de fer ou des phosphates. Si, à l'heure actuelle, il n'y a pas de production de roquettes dans les villes palestiniennes et les camps de réfugiés de Cisjordanie, c'est exclusivement grâce à la surveillance et à la prévention rendues possibles par la présence de forces de Tsahal et de communautés civiles israéliennes au cœur du territoire.

Les succès obtenus par le commandement central au cours de ce cycle, en parvenant à contenir l'activité terroriste populaire et la violence dans les zones de Cisjordanie placées sous sa responsabilité, démontre que l'impératif d'une présence israélienne permanente dans ces zones est justifiée, tant sur le plan tactique que général. Lorsque l'on compare les ressources et les efforts nécessaires pour sécuriser la plaine côtière d'Israël, matérialisés par l'activité des FDI en Cisjordanie et le soutien aux communautés israéliennes locales, à ce que l'administration de la défense doit investir dans la bande de Gaza, il est évident que la configuration actuelle en Cisjordanie est plus efficace, plus économique et plus appropriée.

Ceux qui appellent à de nouveaux retraits, au prix du déracinement de communautés et d'un retour à la ligne de la clôture de séparation, se basent sur deux prémisses :

- Un retrait sur les lignes de 1967 avec des ajustements mineurs mettrait fin à l'"occupation" et donnerait à Israël une légitimité internationale et une justification pour agir militairement si sa sécurité était compromise par l'État palestinien.

- Les FDI, grâce à leur supériorité perpétuelle, pourraient éliminer toute menace sur la sécurité en peu de temps et à un prix raisonnable.

L'ampleur de la menace que fait peser sur Israël la bande de Gaza, ainsi que l'hostilité de l'opinion publique des pays occidentaux, jettent un grand doute sur la validité de ces prémisses. Rappelons que les partisans israéliens du désengagement unilatéral de Gaza de 2005 avaient promis que la communauté internationale soutiendrait toute réponse militaire israélienne aux attaques terroristes depuis la bande de Gaza, ce qui ne s'est jamais concrétisé.

D'ailleurs, le consentement du président Biden au droit d'Israël de se défendre ne pouvait pas être considéré comme acquis. Et il est probable qu'un prix devra être payé pour le soutien que les États-Unis ont apporté au premier ministre Netanyahou pendant dix jours de guerre. L'administration américaine, qui s'est engagée à promouvoir la solution à deux États, était bien consciente que si elle ne soutenait pas Israël face à l'attaque terroriste depuis Gaza, il lui serait difficile d'exiger son accord sur un futur retrait de Cisjordanie. Pourtant, cette administration a empêché Israël de poursuivre son offensive avant de mettre le Hamas à genoux.

Les événements de ces dernières semaines  ont montré les limites de la puissance des FDI en cas de guerre sur plusieurs théâtres (dont le territoire national). Cette perspective, dont l'éventualité est croissante, indique que des retraits supplémentaires représenteraient un danger existentiel pour Israël. Malgré sa supériorité opérationnelle, si elle doit également se battre sur le théâtre du nord, Tsahal sera incapable de défendre l'étroite bande côtière de la frontière d'avant 1967.

Auteur : Le major-général (de réserve) Gershon Hacohen  

Date de première publication sur le site BESA : 31 mai 2021  Centre Begin-Sadate

Traduction: Jean-Pierre Bensimon



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