17 mai 2021

Renforcer d'urgence l'efficacité de la défense d'Israël

Afin de relever les défis de sécurité extérieure et intérieure qu'il affronte, Israël doit rapidement prendre deux mesures capitales : une expansion substantielle des effectifs de Tsahal en ordre de bataille (en augmentant ses unités de combat et en créant une force de sécurité intérieure importante), et la reconstitution de son système de défense territoriale longtemps négligé.


L'explosion de la violence de masse des Arabes d'Israël contre leurs concitoyens juifs, au moment où le pays est attaqué par un ennemi extérieur, a mis en évidence deux faiblesses fondamentales dans la planification opérationnelle de l'establishment de la défense : une pénurie aiguë de policiers et d'effectifs des Forces Armées (FDI), et l'inexistence du système de défense territoriale autrefois formidable, qui disposait localement des résidents locaux armés et ayant une formation militaire dans les communautés frontalières pour les faire participer à l'effort de défense global dans leurs zones respectives.

L'illusion d'une armée "petite et intelligente"

Depuis plus de trois décennies, les FDI réduisent régulièrement les effectifs de leurs forces, en particulier ceux des unités de réserve, afin de créer une "petite armée intelligente" (pour reprendre les termes de l'ancien chef d'état-major Ehud Barak). L'ancien Premier ministre Ehud Olmert a récemment rejoint ce courant de pensée, en proposant de remplacer le système actuel de conscription par une armée professionnelle, rejetant la conscription obligatoire comme une relique anachronique des années 1950.

Il est vrai que l'armement de pointe, comme les armements à guidage de précision et les moyens de renseignement sophistiquées, confèrent aux FDI un avantage qualitatif évident. Pourtant, au-delà des avancées technologiques impressionnantes de ces dernières années, l'idée que l'ère de la mobilisation de masse est révolue ne tient pas compte de la complexité de la guerre. Le principal effort de combat doit bien sûr être mené par des forces d'élite, de qualité supérieure, mais elles auront toujours besoin de l'appui de nombreux effectifs, à grande échelle, bien qu'il soit qualitativement moyen.

Le spectacle du raz-de-marée de violence arabe en Israël, montre qu'il est absolument nécessaire de mettre en place une force de sécurité intérieure importante, basée sur les réservistes des FDI, qui devant opérer sous le commandement du front intérieur et/ou de la police des frontières. Depuis des années, la plupart des jeunes vétérans des FDI n'ont pas été affectés à des unités de réserve. Ils peuvent facilement être recrutés pour cette mission nationale extrêmement importante nécessaire pour réaffirmer la souveraineté de l'État, sa gouvernabilité et l'application de l'État de droit dans tout le pays.

La vitalité durable de la défense territoriale

Dans les premiers temps d'Israël, les villes et villages frontaliers faisaient partie intégrante du système de défense global. Les réservistes des FDI qui y habitaient faisaient fonction de cadres locaux, dotés d'armes pour repousser toute attaque ennemie. Aujourd'hui les communautés de la ligne de front n'ont aucun moyen de se défendre, à l'exception de petits groupes de soldats du contingents dépêchés sur appel dans les différentes localités. Ces communautés ne disposent pas non plus d'une infrastructure de fortifications défensives bien conçues à opposer aux attaques des forces ennemies.

Pendant son mandat de chef d'état-major des FDI (1978-83), le lieutenant-général Raphael Eitan a mis en place une série de fortifications dans les localités frontalières occupées en temps de guerre par des résidents dans le cadre de la défense territoriale du service de réserve. Comme il l'a expliqué :

Les communautés de défense territoriale sont l'armée permanente locale. Elles doivent veiller à ce que nous gardions le contrôle du territoire et empêcher l'ennemi de perturber nos systèmes en cas de guerre. Il est donc essentiel qu'elles soient situées sur le terrain, qu'elles disposent d'armes modernes, que leurs habitants soient formés à leur mission et qu'elles disposent de fortifications correctes.

Au fil du temps, ce système de défense territoriale s'est étiolé, principalement parce que les chefs militaires et politiques ne le jugeaient plus nécessaire. Pourtant, dans les circonstances stratégiques d'aujourd'hui - un risque évident d'attaques de temps de guerre contre les communautés frontalières, accompagnées d'émeutes anti-juives massives dans les villes mixtes judéo-arabes et la perturbation des réseaux de transport par des gangs nationalistes militants - la solution opérationnelle existante souffre de deux défauts majeurs :

- Le déploiement en temps voulu des forces de sécurité sur les points chauds est fortement tributaire d'une alerte précoce des services de renseignement qui n'est pas toujours disponible en temps et en lieu.

- Le déploiement des forces d'élite de l'armée à des fins défensives réduit leur disponibilité pour les opérations offensives cruciales en territoire ennemi.

Yigal Alon, l'un des penseurs militaires et stratégiques les plus originaux d'Israël, a affirmé que "sans la défense territoriale, qui repose principalement sur les localités rurales, l'armée devrait affecter des forces considérables à des fonctions défensives. Les FDI, qui sont plus petites que les armées arabes qui entourent Israël, ne peuvent pas accepter l'affaiblissement de leur potentiel offensif."

Au fil des ans, cette doctrine s'est estompée. Aujourd'hui, les communautés frontalières ne sont plus intégrées à l'effort de défense global. La cartographie actuelle des menaces extérieures et intérieures montre qu'il est vital de faire revivre le système de défense territoriale, à la fois comme filet de sécurité en cas d'attaque surprise et comme facilitateur pour améliorer d'emploi des forces de Tsahal dans les périodes d'état d'urgence extérieur et/ou intérieur.

Le major-général (de réserve) Gershon Hacohen est chercheur sénoir au Centre Begin-Sadat d'études stratégiques. Il a servi dans les FDI pendant 42 ans. Il a commandé des troupes lors de batailles face à l'Égypte et la Syrie. Il était auparavant commandant de corps d'armée et commandant des collèges militaires de Tsahal.

Titre original : Defending Israel

Auteur : Gershon Hacohen, général de réserve, est chercheur au Centre Begin-Sadat d'études stratégiques. Il a servi dans l'armée israélienne pendant 42 ans comme commandant de corps d'armée et commandant des collèges militaires.

Date de première parution: 16 mai 2021 sur le site du Centre Begin-Sadat d'études stratégiques

Traduction : Jean-Pierre Bensimon

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