21 mai 2021

Cessez-le-feu : l'aveu involontaire de Joe Biden dévoile des enjeux historiques

 Dans la nuit du 20 mai, deux heures avant le cessez-le-feu, Joe Biden a célébré l'accord obtenu par les négociateurs égyptiens dans une brève allocution. Il a notablement assuré au premier ministre israélien qu'il pouvait compter sur lui pour assurer "la reconstitution du système Iron Dome de façon à garantir sa défense et sa sécurité à l'avenir"(*)


En d'autre termes, Biden s'est engagé à livrer les munitions et les pièces détachées permettant de conserver l'opérationnalité de la défense anti-missile israélienne. Il faut donc comprendre que les stocks de munitions avaient atteint un niveau d'alerte après onze jours d'usage intensif. Allons plus loin. Si Biden a abordé ce sujet technique dans un message diplomatique formel, c'est que ce sujet avait pris une importance politique. En d'autres termes, Biden avait soumis Netanyahou  à un chantage : livraison de munitions contre cessation de l'opération Gardian of the Walls.

L'aveu de Biden éclaire d'un jour aveuglant la véritable nature des relations israélo-américaines mais plus encore le statut de souveraineté d'Israël. Les décisions les plus cruciales pour l'État, celles qui engagent la sécurité de sa population et sa survie comme entité politique face aux offensives terroristes les plus impitoyables, dépendent avant tout des volontés de la Maison Blanche.

En d'autres termes Israël n'est pas un pays indépendant.

Nous ne faisons pas référence ici aux relations économiques ni aux obligations écologiques ou sanitaires que la communauté internationale impose judicieusement aux États, mais à ce qui est au cœur régalien de l'État, le droit de légitime défense contre toute agression. La protection antimissile israélienne, comme d'ailleurs les forces aériennes d'Israël dans leur ensemble, dépendent pour leur opérationnalité des vicissitudes de la politique intérieure américaines qui conduisent tel ou tel courant à la tête de l'exécutif.

La latitude de Biden sur la question de livrer, ou de ne pas livrer, de quoi assurer le fonctionnement d'Iron Dome n'était cependant pas totale. Un président américain ne pourrait pas supporter un effondrement de l'État d'Israël, ni sur le plan politique, ni sur le plan stratégique. L'opinion américaine ne l'accepterait pas sans infliger une sérieuse sanction électorale. Et les États-Unis tiennent à éviter la rupture brutale des équilibres stratégiques au Moyen Orient, non pour les beaux yeux d'Israël, mais pour ne pas être eux-mêmes entrainés dans les répliques militaires possibles d'une telle rupture. Il devait donc approvisionner Israël, fut-ce au goutte à goutte.

C'est pour cela que la décision du cabinet israélien d'accepter le cessez-le-feu n'est pas exclusivement l'effet d'un état de vassalité vis-à-vis de l'Amérique. L'autre option était l'intervention au sol. On connait pas de guerres gagnées uniquement par l'aviation. Dans tous les cas l'option terrestre apparemment plébiscitée par l'opinion israélienne aurait présenté des coûts considérables en hommes et en ressources, et nous n'avons pas les informations nécessaires pour savoir si elle était réellement envisageable.

   Ce qui est certain, c'est que quand le sionisme a frappé à la porte de l'histoire, il ne pouvait pas s'affranchir de la férocité des relations entre les États souverains qu'il devrait affronter à parité. L'existence en diaspora était pleine de risques, y compris génocidaires, et de vicissitudes interminables. Mais elle offrait aussi le confort de n'avoir pas à se salir les mains dans la cuisine ordinaire parfois répugnante d'un État: pour assurer l'ordre à l'intérieur, et pour affronter l'ennemi étranger. Israël est aujourd'hui face au prix de son entrée et de sa persistance sur la scène de l'histoire. A lui de l'évaluer et de l'optimiser.

(*)" I assured him of my full support to replenish Israel’s Iron Dome system to ensure its defenses and security in the future." Remarks by President Biden on the Middle East, MAY 20, 2021, • SPEECHES AND REMARKS, Cross Hall https://www.whitehouse.gov/briefing-room/speeches-remarks/2021/05/20/remarks-by-president-biden-on-the-middle-east/

Jean-Pierre Bensimon

vendredi 21 mais 2021

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