6 octobre 2019

Sur le passage à l’acte de M. Mickaël Harpon

Il y a quelque chose de mystérieux dans la série d’égorgements pratiqués par Mickael Harpon sur ses proches collègues de travail dans les locaux de la vénérable Préfecture de Paris le 3 octobre dernier.


Voila un homme sans antécédents vraiment  violents ou complotistes : on signale à charge qu’il avait essuyé un blâme pour avoir regretté à voie haute en 2015, que tous les membres du comité de rédaction de Charlie hebdo n’aient pas été punis d’un coup par les Kouachis, qu’il se serait converti à l’islam et qu’il arborerait en allant à la mosquée le kamis du Prophète ou une djeballah blanche.


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Michaël Harpon
Cela ne suffit vraiment pas à faire de vous un tueur assoiffé de sang, capable de cacher ses projets pendant des années. Harpon  a agi seul, en osmose presque fusionnelle avec son épouse (33 SMS dans l’heure qui a précédé l’acte). Il a procédé avec une sérénité qui a impressionné les témoins à l’égorgement à la chaîne d’êtres humains, un acte surprenant de barbarie.

Que s’est-il passé dans son esprit ? Était-il en mission ? Peut-être. La France est encore présente aux confins de la Syrie, mais aussi dans la vaste étendue du Mali et des pays riverains, elle interfère activement en Libye. Autant de motifs pour une mission jihadiste d’intimidation. Mais rien ne le prouve.

Reste alors la remarque très vite soulevée : Harpon était converti à l’islam. On voit mal le lien, on ne peut comprendre qu'une simple conversion à une grande religion monothéiste puisse mener jusque là.

Pourtant, si l’on inverse la perspective, si on essaie de voir les choses de l’intérieur de l’islam qui est actuellement servi à une échelle immense aux musulmans de toute la planète, elles prennent un tour parfaitement cohérent.

Depuis les années 70/80, grâce à Abdallah Azzam, le théoricien palestinien du jihad afghan, tout croyant peut décider seul de « faire le jihad », sans se préoccuper d’obtenir l’autorisation religieuse, sans se poser la question du jihad défensif ou offensif, sans même s'expliquer sur le choix du lieu ou de la cible à condition qu’elle soit Infidèle. 

Abdallah Azzam qui développait son point de vue dans sa revue, al-jihad, a profondément influencé l’islam des moudjahidine et d’al Qaïda en particulier. Harpon pouvait donc mener son action à la Préfecture de Paris, sans demander son avis à personne, tout en restant dans les clous de la légitimité religieuse. Et tout musulman de cette mouvance en passe de devenir majoritaire peut faire le même raisonnement.

Mais ce n’est pas tout. Les référents religieux contemporains les plus influents développent à l’intention des convertis le principe de « se désavouer ». Cette étrange formule stipule que celui-ci, qui embrasse la vraie religion, qui a rompu les ponts avec « les associationnistes », qui dénient l’unicité de Dieu de quelque façon que ce soit (les chrétiens sont des « associationnistes » caractérisés) doit donner des preuves qu’il est l’ennemi de ces « associationnistes » et manifester son animosité envers eux.

Voici un échantillon de ces injonctions , disponible en français sur un site religieux (*), qui a peut-être été recommandé à Michael Harpon comme à tout converti parlant français. Le titre est :

« Le consensus sur l’obligation de se désavouer des associateurs et d’avoir une répulsion envers eux »
« Le Sheikh ‘Abderrahman ibn Hassan Al Sheikh رحمه الله a dit :“Les savants parmi les salafs et ceux venus après eux, des compagnons aux tabi’ines, des grands imams à l’ensemble des gens de la sounna, tous sont unanimes sur le fait que l’individu n’est pas considéré en tant que musulman si ce n’est en étant innocent de commettre toute forme de polythéisme majeur, qu’il lui incombe de s’en désavouer ainsi que de se désavouer de ceux qui le commettent, d’avoir une répulsion envers eux et leur déclarer une inimitié à mesure du possible et selon la capacité. De même qu’il doit vouer l’ensemble de ses œuvres à Allah uniquement.”[Ad Dourar as Saniyah, v.11/p.545]
« Le Sheikh Muhammed ibn ‘Abdilwahab رحمه الله a dit :“La religion de l’individu ne tient la route, et ce même s’il unifie Allah et délaisse le polythéisme, que s’il montre une animosité à l’égard des associateurs et leur exprime clairement sa répulsion et son inimitié envers eux”.[Ad Dourar as Saniyah, v.8/p.338]
« Le Sheikh ‘Abdoullah ibn Muhammed ibn ‘Abdilwahab رحمه الله a dit : “Ibnou l Qayyim a dit :Et d’aucun n’est sauvé du polythéisme, ce polythéisme majeur si ce n’est celui qui parfait l’unification d’Allah, et cherche à se rapprocher de lui par son hostilité et sa répulsion envers les polythéistes.Observe donc qu’Allah te fasse miséricorde la parole de l’imam et il t’apparaîtra clairement que l’islam d’un individu ne peut tenir la route qu’en nourrissant une animosité envers les associateurs et que s’ils ne les prend pas pour ennemis, alors il est des leurs, et ce même s’il ne pratique pas le polythéisme. Et Allah est plus savant.””[Rissala l kalimat an nafi’a fil moukaffirat al waqi’a, p.234].

Peut-être qu’en définitive, M. Harpon était simplement un converti désireux de donner cette preuve de l’authenticité de sa foi qu’il était sommé d'apporter.

(*) https://salafislam.fr/consensus-lobligation-de-se-desavouer-associateurs-davoir-repulsion-envers-eux/

Jean-Pierre Bensimon
Le 6 octobre 2019

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