29 septembre 2019

Les États-Unis ramènent la question palestinienne à sa dimension secondaire

Les États-Unis semblent en avoir fini avec la « centralité » du conflit israélo-palestinien dont la « solution » n’est plus perçue désormais comme l’un de leurs intérêts stratégiques au Moyen-Orient. 
Bien plus, ils s’attachent à vider de son contenu la résolution 2334 de l’ONU. Adoptée à l’initiative d’Obama à quelques jours son départ, elle clamait l’illégalité en droit international de la présence d’Israël au-delà de la ligne de 1967 pour lier les mains de son successeur et couvrir son rapprochement avec l’Iran. Cette manœuvre a échoué. Au contraire, l’Amérique a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, mais aussi l’annexion des Hauteurs du Golan et demain peut-être celle de la vallée stratégique du Jourdain. Washington mène aussi de conserve avec Israël des projets qui ont pour effet de désacraliser la Ligne verte, tandis que la solution à deux États laisse la place aux notions d’ « autogouvernance » ou « d’autonomie palestinienne », etc. En un mot la solution des deux États, l’échange de « la terre contre la paix » et le « processus de paix » ne sont plus des sujets significatifs pour les États-Unis.( NdT)

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1993 Signature des accords d'Oslo sous parrainage américain

S'adressant à des journalistes en août dernier, le président Trump déclara qu'il attendrait probablement l’issue des élections israéliennes de septembre pour dévoiler son plan de paix pour Israël et les Palestiniens. Bien que ce plan ait mis du temps à voir le jour ses détails demeurent inconnus, à l'exception de la proposition d'allouer des fonds d'investissement aux territoires palestiniens et aux pays voisins, et c'est une bonne chose. L’accord de paix entre Israéliens et Palestiniens est "l'accord le plus difficile de tous", a fait remarquer le président américain. Peut-être. Il pourrait être aussi être, en soi, l’objectif le moins pertinent. En fait, les progrès sur ce front sont une priorité insignifiante pour l'Amérique au Moyen-Orient. Les véritables intérêts des États-Unis sont ailleurs. L'administration Trump semble consciente de cette réalité, comme le suggèrent les mesures qu'elle a prises jusqu'à présent.

La décision de placer le rétablissement de la paix entre Israël et les Palestiniens (et, à leurs côtés, les Syriens) au centre de la politique américaine au Moyen-Orient est relativement récente. Elle remonte à la fin de la guerre froide. Elle reflétait un changement de la géostratégie cohérente qui s’appliquait auparavant à des États réels de la région dans le contexte de la concurrence entre les grandes puissances et l'Union soviétique. Après la chute de l'Union soviétique, les dirigeants américains pensaient que les choses allaient s’arranger au Moyen-Orient et que la région bénéficierait elle aussi des "dividendes de la paix". Ignorant les aspects géopolitiques spécifiques de la région, l'après-guerre froide a focalisé son attention sur un Levant non stratégique et politiquement fragmenté. C'est ainsi qu'est née l'industrie du "processus de paix", au centre de la politique régionale américaine à partir des années 1990.

Pendant la guerre froide, le " processus de paix " faisait référence à un processus géostratégique qui n'avait rien à voir avec les Palestiniens. Il s'agissait des négociations entre Israël et l'Égypte. Depuis la guerre des Six-Jours, la valeur d'Israël en tant qu’allié de valeur des Américains n'a cessé de croître dans une région qui regorgeait des« clients » de Moscou. Il s'agissait notamment des Palestiniens, que les États-Unis considéraient, à juste titre, comme des groupes issus de la volonté des Soviétiques ou des donneurs d’ordres arabes, comme la Libye et l'Irak. L'objectif du processus de paix, dans la période allant de la guerre du Yom Kippour à l’année 1979, était de parachever la sortie de l'orbite soviétique de l’Égypte,’un État influent de la région.

Après la guerre froide, le processus de paix a pris un sens nouveau, car il s'est autonomisé de son contexte et de sa fonction géostratégique d'origine. Cependant, les décideurs politiques américains se sont convaincus que le conflit entre Israël et les Palestiniens était au centre des préoccupations et des comportements des États locaux. Par conséquent, ils estimèrent que la réalisation de la paix entre Israël et les Palestiniens était la priorité stratégique du Moyen-Orient. Il était évident à leurs yeux que tout dépendait de la résolution de ce conflit et de l'octroi aux Palestiniens d’un État en propre. La question se résumait à des détails techniques concernant les frontières du futur État.

Un lien était établi entre la paix israélo-palestinienne (parfois israélo-syrienne) et la promotion des intérêts américains dans la région. Ce lien a grossièrement majoré l'importance non seulement des Palestiniens, mais aussi du Levant déchiré. De plus, ce lien a fait de la politique américaine, et de la coopération entre Israël et les États arabes alliés des États-Unis, les otages des exigences maximalistes des éléments les plus radicaux de la région, à savoir l'Iran et le régime Assad. Ceux-ci ont repris à leur compte la pratique historique consistant à utiliser les Palestiniens au service des objectifs de diverses forces régionales.

Dans une optique un peu différente, l'administration Obama considérait également les Palestiniens comme un instrument utile dans un jeu géostratégique plus large. Elle a utilisé le processus de paix, en particulier la question de la colonisation, pour mettre Israël en difficulté au moment où le président Obama réalignait les intérêts américains au Proche-Orient sur l'Iran. Dans les derniers jours de son mandat, la Maison-Blanche a mené ce réalignement à sa conclusion logique en orchestrant l'adoption de la résolution 2334 du Conseil de sécurité de l'ONU, à la fin décembre 2016. La résolution appelle tous les États à " faire des distinctions dans leurs relations entre le territoire de l'État d'Israël et les territoires occupés depuis 1967 ".

En orchestrant l'adoption de cette résolution, l'administration Obama a accordé le soutien de l’Amérique aux positions maximalistes sur l’intangibilité des lignes de 1967. C’était un coup de couteau dans le dos d’Israël contraint à la sortie [des territoires] ; en même temps, le président Obama tentait ainsi de lier les mains de son successeur.

Cette manœuvre a été perdante car l'administration Trump a pris des positions aux antipodes [de celle d’Obama]. Même si le plan de ses équipes reste secret, le président Trump a mis en œuvre des mesures qui ont désacralisé et en grande partie retiré de la table les lignes de 1967. Ainsi, le Président Trump a déplacé l'ambassade des États-Unis à Jérusalem et reconnu la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan.

L'action du Président s'est accompagnée d'un effort parallèle au Congrès. Le sénateur Ted Cruz en particulier a décidé de vider de son contenu la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations Unies, en particulier le passage fondamental concernant la distinction entre les territoires contrôlés par Israël avant et après juin 1967. Cruz a été le fer de lance d'une première initiative du Congrès visant à reconnaître la souveraineté d'Israël sur le Golan, il a effectué des voyages officiels à Jérusalem-Est, autour de la nouvelle ambassade, et il financé des projets de recherche linguistiques américano-israéliens au-delà de la Ligne verte.

Les éléments déjà révélés du plan de l'administration Trump peuvent également être interprétés comme l’enterrement d'un élément clé de la position [anti-israélienne], le soi-disant " droit au retour " des réfugiés palestiniens résidant dans les pays arabes voisins. Lors de la conférence "De la paix à la prospérité" que le gouvernement a organisée à Bahreïn en juin, Jared Kushner, conseiller principal de la Maison-Blanche, a présenté un plan d'investissement de 50 milliards de dollars dans les territoires palestiniens et en Égypte, Jordanie et Liban. Si l'investissement vise à encourager le "Renforcement du développement régional et de l'intégration", il peut aussi suggérer une incitation à en finir avec le fantasme du "droit au retour". En tout état de cause, cette position devrait être celle des États-Unis, mettant ainsi fin à l'indulgence américaine pour le maximalisme palestinien que la Maison-Blanche d'Obama a choisi de soutenir avec la résolution 2334  de l’ONU.

Pour l'instant, il n'y a aucune information sur la forme ou le contenu des propositions concernant  la politique palestinienne [des États-Unis]. En juillet, l'ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman, parlait d'"autonomie palestinienne" et d'autogouvernance, évitant soigneusement de parler d'un "État palestinien". L'histoire du Levant, de l'Antiquité à nos jours, est pleine de ces entités politiques qui agissent comme des États tampon ou vassaux, au service des puissances voisines. Il est sûr que l'arrangement actuel entre Israël et la Jordanie en Cisjordanie est le seul obstacle à la transformation de ce territoire en satellite de l’Iran, un peu comme Gaza, l'avant-poste iranien entre Israël et l'Égypte.

Après tout, c'est là le point principal de l'exercice. L'approche du président Trump rend à la question de la Palestine et à sa fonction au Levant sa véritable dimension |révisant ainsi] la politique américaine dans la région. Il reporte le centre de gravité des préoccupations de l'Amérique loin du Levant éclaté, revenant à une approche géostratégique pertinente, axée sur les États situés sur le pourtour extérieur du Levant.

En gardant cela à l'esprit, on comprend que les États-Unis ne peuvent pas se laisser entraîner dans les détails insignifiants du "processus de paix" ou dans des fictions telles que l’édification d’ "institutions étatiques" au Levant qui ont connu un échec avéré en Irak et au Liban. [Dans ces pays], la chimère de ces institutions étatiques n'a fait que renforcer la position de l'Iran.

Au contraire, la voie à suivre pour les États-Unis est de continuer à renforcer la position d'Israël en tant que pilier de la sécurité dans la région tout en soutenant les États arabes alliés et en encourageant une coopération plus étroite entre eux et Jérusalem contre l'Iran. La clé de cet effort est le démantèlement des lignes de 1967 comme argument central du rejet d’Israël. Non seulement cela annulerait la tentative de l'administration Obama d’aligner la position des États-Unis |sur les maximalistes], mais cela rendrait aussi pratiquement impossible la renaissance de cet héritage à l'avenir.

Ce qui importe pour les États-Unis dans la région, c'est de consolider leur système d'alliances étatiques pour contenir l'Iran et ses soutiens. Les progrès dans les pourparlers de paix avec les Palestiniens sont un enjeu beaucoup moins préoccupant.


Auteur : Tony Badran, pour Hoover Institution et la Foundation for Defense of Democracies (FDD) 

Date de première publication : 26 septembre 2019

Traduction : Jean-Pierre Bensimon

1 commentaire:

  1. Enfin une approche sensée !!! On sait qu'un ETAT forcément " terroriste " au centre d'ISRAEL est impossible , car leur but est connu : éliminer ISRAEL à terme !!! Bien sûr OBAMA n'avait en tête qu'une idée , celle des musulmans : la conquête du Monde de l'ISLAM !! Alors la réaction à ce texte est : AMEN ou Ainsi soit-il !!!!

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