28 décembre 2018

Un changement tectonique dans les attitudes vis-à-vis d'Israël

Le rapprochement remarquable entre d'Israël et les grands États arabes contraste avec la radicalisation anti-israélienne/antisémite de la gauche occidentale parfaitement  incarnée par Jeremy Corbyn. Il s'agit en réalité d'une redistribution des cartes qui coûterait cher à Israël si cette gauche actuellement dans l'opposition revenait au pouvoir. Daniel Pipes vient de traiter de cette question dans The Washington Times. NdT

Daniel Pipes

Pour illustrer le premier changement, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou  a récemment mentionné "un grand changement" dans le monde arabe qui commerce de plus en plus avec les entreprises israéliennes "parce qu'il a besoin de leur potentiel technologique et  de leur capacité d'innovation, qu'il s'agisse de l'eau, de l'électricité, des soins médicaux et de la haute technologie". Expliquant cette normalisation par la " recherche de liens avec les forts " des États arabes, Netanyahou était trop désireux d'épargner la gauche américaine pour ajouter un autre facteur : la politique d'apaisement de Téhéran menée par Barack Obama a suffisamment traumatisé les États arabes pour qu'ils prennent au sérieux les menaces réelles auxquelles ils sont confrontés.

Il est frappant de constater que la guerre à grande échelle des États arabes contre Israël n'a duré que 25 ans (1948-1973) et qu'elle a pris fin il y a 45 longues années ; tandis que la Turquie et l'Iran reprenaient le flambeau antisioniste.

Il n'y a pas que les entreprises israéliennes qui font des avancée avec les pays arabes. Le ministre israélien des sports s'est mis à pleurer lorsque Hatikvah, l'hymne d'Israël, a été joué à Abou Dhabi pour célébrer la victoire d'un athlète israélien. Des rumeurs courent sur l'existence d'une poignée de main entre le prince héritier Mohammad bin Salman   (MBS) d'Arabie saoudite et le premier ministre israélien.

L'hostilité arabo-musulmane s'est dégonflée, probablement pour ne jamais se reconstituer, ce qui équivaut à un changement tectonique dans le conflit israélo-arabe. 

Le second changement, non moins important, concerne l'hostilité croissante de la gauche internationale envers Israël.

Cette tendance se retrouve sans être démentie de la Corée du Sud à la Thaïlande, en passant par l'Afrique du Sud, la Suède et le Brésil. La conférence de Durban de 2001 a mis en lumière ce phénomène en premier. Parmi de nombreux exemples, la plate-forme Black Lives Matter accuse Israël d'"apartheid" et de "génocide". Un syndicat communiste  en Inde, représentant 16 millions d'agriculteurs, s'est apparemment joint au mouvement BDS (boycott, désinvestissement,  sanctions ).

Les attitudes à l'égard de l'État juif suivent une progression presque linéaire dans la négativité à mesure que l'on va de droite à gauche. Une enquête menée en 2012 par le Pew Research Center auprès d'un échantillon d'adultes américains a révélé que 75 % des républicains conservateurs sympathisaient davantage avec Israël qu'avec les Palestiniens, suivis à 60 % par les républicains modérés et libéraux, à 47 % par les indépendants, à 46 % par les démocrates conservateurs et modérés, et à 33 % par la gauche démocrate.

Il n'en a pas toujours été ainsi. Joseph Staline a joué un  rôle si décisif dans la naissance d'Israël en 1947-1949 avec son soutien diplomatique et ses armements, qu'Abba Eban, le premier ambassadeur d'Israël à l'ONU, reconnut que "nous n'aurions pu y parvenir, ni sur le plan diplomatique ni sur le plan militaire " sans l'aide soviétique. Les démocrates Harry Truman et John F. Kennedy comptent parmi les présidents américains les plus pro-israéliens, tandis que le républicain Dwight Eisenhower  a été sans conteste le plus hostile.

Le contraste entre MBS et Jeremy Corbyn symbolise ces deux changements tectoniques, tout comme les relations d'Israël avec l'Égypte, meilleures qu'avec la Suède. Le président du Tchad a visité Israël, mais pas un seul  chanteur néo-zélandais. Les athlètes israéliens participent à des compétitions aux Émirats arabes unis, mais sont interdits en Espagne. Les musulmans sont de plus en plus indifférents à l'échec de la diplomatie israélo-palestinienne, mais les gauchistes expriment une colère croissante à son égard.

Ce dernier point est d'une grande importance : la rage anti-israélienne ne concerne pas les relations entre Ashkénazes et Sépharades, ni les tensions sur le Mont du Temple, ni une éventuelle attaque contre l'infrastructure nucléaire de l'Iran, ni les armes nucléaires en possession d'Israël. Elle concerne presque exclusivement le statut de quelque 3 millions de Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza. Grâce au mélange du grand art palestinien de la propagande  et de son antisémitisme inaltérable, le bien-être de cette petite population impuissante mais fanatique  a été hissé au rang de première question mondiale relative aux droits de l'homme, recevant plus d'attention que, par exemple, ce qui se passe en Éthiopie. Il motive presque toutes les dénonciations d'Israël.

Par conséquent, lorsque la gauche, aujourd'hui largement exclue du pouvoir, finira par y revenir dans des pays comme le Japon, l'Inde, l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni et les États-Unis, Israël fera face à une crise en raison de la situation pendante en Cisjordanie et à Gaza.

En conséquence, le règlement de cette question devrait être une priorité absolue des Israéliens.

Il ne s'agit pas pour autant de vanter un nouveau "plan de paix" voué à s'écraser sur le roc de l'intransigeance palestinienne. Cela signifie, quel que soit le plan que l'on privilégie, qu'il est nécessaire de mettre fin à l'agression palestinienne contre Israël, sous forme d'attentats-suicide, d'attentats au cerf-volant, ou de tirs de roquettes. C'est le seul moyen d'apaiser la fureur gauchiste.

Seules une victoire d'Israël  et une défaite palestinienne y parviendront. En d'autres termes, faire en sorte que les Palestiniens s'avouent vaincus est une priorité urgente pour Israël et ses partisans.


Auteur : Daniel Pipes 

Date de première publication : 27 décembre 2018 in The Washington Times 

Traduction : Jean-Pierre Bensimon

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