14 décembre 2018

L'antisionisme est en train de creuser un tunnel sous votre maison

Rashida Tlaib, la première musulmane américano-palestinienne élue à la Chambre des représentants vient d'épouser publiquement la cause du BDS et va organiser des voyages de congressistes américains dans les "territoires" pour "défendre les droits des Palestiniens" et faire pression sur Israël.

Rashida Tlaib célèbre sa victoire de novembre 2018 et son accession à la Chambre des représentants

Une américano-palestinienne, Rashida Tlaib, du 13ème district du Michigan, a été élue à la Chambre des Représentants, sous l'étiquette démocrate, lors des "mid-term" de novembre dernier. Avec sa consœur américano-somalienne Ilhan Omar, élue du Minnesota depuis 2016, elle forme le premier couple de musulmanes et représentantes démocrates qui soutiennent publiquement le mouvement BDS. 

Dès son élection, l'américano-palestinienne a annoncé la couleur. Elle va déployer tous ses efforts pour organiser des voyages de congressistes américains dans les "territoires," singeant une démarche de l'AIPAC qui invite régulièrement les nouveaux élus à faire un voyage d'étude en Israël. 

Rashida Tlaib désire focaliser l'attention des futurs participants à ses propres voyages sur les détentions d'enfants par Israël, l'éducation, l'accès à l'eau potable, la pauvreté, et plus généralement sur "l'occupation militaire" des territoires palestiniens. La nouvelle élue se présente ainsi comme une militante standard très semblable à ses sœurs palestiniennes des services de propagande de Ramallah ou de Gaza. Comme BDS, dont se revendique fortement, Rashida Tlaib, réclame le boycott intégral de l'État juif, contraire à toutes les règles économiques internationales, et le "retour intégral" des supposés réfugiés qui noieraient la majorité juive en Israël, l'élue démocrate multiplie ainsi les signes d'un engagement dans l'antisémitisme génétique du palestinisme traditionnel.

Il fallait donc sauver par avance le soldat Rachida Tlaib. C'est une journaliste juive éminente, Michelle Goldberg, récompensée en 2018 par le prix Pulitzer, qui s'en est chargée dans les colonnes du New York Times. Déroulant une brillante argumentation typique de l'extrême gauche, elle charge mensongèrement Israël de lourdes fautes, comme le blocage de toute solution de paix, et stipule que l'antisionisme n'a rien de commun en substance avec l'antisémitisme. Elle fait par là d'une pierre de coups: d'un coté elle exonère la militante Rashida Tlaib de tout antisémitisme, et de l'autre elle offre un pamphlet antisioniste de plus à un lectorat new-yorkais qui semble en être friand.

Bret Stephens, le fameux journaliste qui dirigea plusieurs années le Jerusalem Post de 2002 à 2004, en pleine Intifada, avant de rentrer aux États-Unis, publie alors une réponse à Michelle Goldberg, sous le titre "Quand l'antisionisme creuse des tunnels sous votre maison", claire allusion aux exploits du très antisémite Hezbollah à la frontière nord d'Israël. On en trouvera ci-dessous la traduction

Jean-Pierre Bensimon

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L'antisionisme est en train de creuser  un tunnel sous votre maison


Pour le peuple du nord d'Israël, l'antisionisme ne se résume pas à une ineptie qui occupe le monde des idées.

En 2002, Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, était  accusé d'avoir prononcé un discours où il affirmait que la création de l'État d'Israël avait épargné à ses partisans la peine de traquer les Juifs à "l'autre bout du monde". Le groupe terroriste libanais a des adulateurs éminents en Occident, et certains d'entre eux s'étaient empressés de garantir que Nasrallah n'avait rien dit de tel.

Sauf qu'il avait effectivement fait cette déclaration. Tony Badran, de la Fondation pour la Défense des Démocraties, a retrouvé l'enregistrement original du discours, dans lequel Nasrallah parlait de la "Palestine occupée" comme le lieu choisi par Allah pour la "bataille finale et décisive" avec les Juifs. En évoquant la "Palestine occupée", il ne parlait pas de la Cisjordanie.

Parfois les antisionistes sont aussi - oh surprise ! - des antisémites meurtriers.

C'est une pensée qui ne quitte pas ceux qui vivent dans le nord d'Israël, où l'armée a découvert ces derniers jours au moins trois tunnels creusés par le Hezbollah afin d'infiltrer des commandos sous la frontière dans l'éventualité d'une guerre (de plus en plus probable). Compte tenu du savoir-faire du Hezbollah, de la puissance de son fanatisme et de l'expérience des opérations d'excavation du Hamas à Gaza, tout porte à croire que d'autres tunnels seront découverts.

Que ferait le Hezbollah si ses combattants traversaient [la frontière] ? En 1974, trois terroristes palestiniens qui avaient franchi la frontière libanaise prirent en otage 115 personnes dans une école primaire de la ville de Ma'alot. Ils en assassinèrent 25, dont 22 enfants.

Une autre infiltration à partir du Liban faisait 38 morts israéliens en 1978. Compte tenu de la longue pratique du Hezbollah en matière de massacres, de Buenos Aires à Beyrouth jusqu'aux villes de Syrie, c'est une stratégie qu'il n'aurait pas de scrupule à appliquer dans une guerre pour la Galilée.

Tout cela pour dire que les Israéliens vivent l'antisionisme différemment des lecteurs du New York Review of Books, par exemple. Pour eux il ne s'agit pas d'un concept audacieux dans le combat des idées, mais d'une menace imminente pour leur existence terrestre, circonscrite par la seule force des armes. C'est un peu la différence entre discuter du bilan du marxisme-léninisme lors d'un séminaire de premier cycle au Reed College en  2018, et en faire l'expérience directe à Berlin Ouest, en 1961.

En fait, c'est pire que cela, puisque les Soviétiques voulaient simplement dominer leurs ennemis, conquérir [leur territoire]  et saisir leurs biens, mais pas les effacer de la carte ni mettre un terme à leur existence. L'antisionisme aurait pu être un point de vue respectable avant 1948, lorsque la question de l'existence d'Israël se posait pour l'avenir et provoquait des débats. Aujourd'hui, l'antisionisme est un appel à l'élimination d'un État, avec un petit détail à surveiller : le sort promis à ceux qui y vivent actuellement.

Notez cette différence. Les antisionistes ne préconisent pas la réforme d'un État, comme le Japon a été réformé après 1945. Ils ne demandent pas non plus la correction des frontières d'un État, à l'instar de la frontière entre le Canada et les États-Unis qui a été périodiquement ajustée au XIXe siècle. Ils ne parlent pas non plus de la naissance d'un État distinct, à la façon du Sud-Soudan qui est né en sortant du Soudan en 2011. Et il est certain qu'ils ne défendent pas la partition d'un État multiethnique en composantes ethniquement homogènes, à l'image de la division de la Yougoslavie après 1991.

L'antisionisme est idéologiquement singulier dans la mesure où il souligne qu'un État, un seul État, ne doit pas se contenter de changer. Il faut qu'il quitte la scène. Et il se trouve, par une coïncidence totalement innocente selon ses partisans, que c'est de l'État juif qu'il est question. Cela fait des antisionistes les idéologues les plus malhonnêtes ou alors les plus obtus. Quand Marc Lamont Hill, alors collaborateur de CNN, a appelé le mois dernier à "libérer la Palestine du fleuve à la mer" et qu'il a prétendu ensuite ignorer ce que le slogan signifiait vraiment, il était difficile de dire dans quelle catégorie il se situait.

Est-ce que cela fait de quelqu'un qui partage les opinions de Marc Lamont Hill un antisémite ? C'est comme si l'on se demandait si une personne qui préfère la séparation tout en respectant l'égalité est nécessairement raciste. En théorie, non. En réalité, c'est une autre histoire. Le but typique de l'antisémitisme est d'introduire une discrimination légale ou sociale à l'encontre d'une population juive. Le but explicite de l'antisioniste est la dépossession politique ou [l'élimination] physique.

Pire encore. Se voir refuser l'adhésion à un club parce que l'on est juif, ou être chassé de sa patrie ancestrale et de son État souverain, est-ce du même ordre? Si l'antisémitisme et l'antisionisme sont significativement distincts (je pense qu'ils ne le sont pas), les conséquences humaines de l'antisionisme sont plus graves que celles de l'antisémitisme.

La bonne nouvelle, c'est que le débat sur l'antisionisme est confinée à la sphère académique car  les Israéliens n'ont pas succombé à l'illusion fatale que leurs ennemis les détesteraient moins s'ils se comportaient mieux. Si les parents israéliens dorment bien, c'est parce qu'ils savent à quoi ils ont affaire. Pour emprunter à Kipling, ils ne se moquent jamais des uniformes qui montent la garde pendant leur sommeil. 

On ne peut pas en dire autant de cette catégorie de donneurs de leçons qui excelle à trouver des excuses aux monstres et des fautes à ceux qui font du bien. Quand on se retrouve aux côtés de Hassan Nasrallah, Louis Farrakhan et David Duke sur la question du droit à l'existence d'un pays, il est urgent de revoir toutes ses opinions.


Auteur : Bret Stephens 

Date de première publication: le 13 déc. 2018 in The New York Times  

Traduction : Jean-Pierre Bensimonl

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