24 novembre 2018

Une inflexion politique est-elle possible avant les prochaines élections en Israël ?

Après la démission d'Avigdor Liberman, Netanyahou est parvenu à convaincre les partenaires de sa coalition de ne pas déclencher immédiatement de nouvelles élections. Un chercheur israélien, David M Weinberg, le met en demeure de profiter de ce délai pour adopter une politique radicalement différente. Si ses propositions étaient adoptées, on verrait Israël s'affranchir des contraintes paralysantes que lui impose la "communauté internationale", essentiellement l'Union européenne. Peut-il se le permettre? On verra à l'usage. (NdT).
 
David M. Weinberg

Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a réussi à arracher à ses partenaires de la coalition un délai de trois à dix mois de délai avant la tenue des élections législatives. Une question se pose: qu'est-ce que son gouvernement va faire de ce laps de temps supplémentaire? Comment celui-ci se justifiera-t-il ? De quelles réalisations nouvelles pourra-t-il se targuer face à l'opinion publique lorsqu'il demandera le renouvellement de son mandat en 2019 ?

Voici huit propositions  politiques auxquelles Netanyahou pourrait réfléchir : 

1. Restaurer la dissuasion israélienne.

Que ce soit à la frontière sud de Gaza, face au Hamas, ou de l'autre côté de la frontière nord, face au Hezbollah et aux Gardiens de la Révolution iraniens, le gouvernement Netanyahou doit rétablir la dissuasion israélienne. Cela signifie une tolérance zéro pour les harcèlements  commis aux frontières, pour les engins piégés sur la clôture, les tirs de missiles, les cerfs-volants incendiaires, etc. Cela signifie qu'il faudra cibler les dirigeants du Hamas s'ils ne parviennent pas à établir un cessez-le-feu, et frapper en profondeur en Syrie dès que des bases des Gardiens de la Révolution islamique sont identifiées. 

2. Construire, construire, construire, construire.

Il est temps de renforcer la présence d'Israël dans la région de Jérusalem et sur un arc d'implantation de Jaffa à Jéricho, en construisant des habitations en nombre significatif.

Comme l'ont bien compris les anciens premiers ministres David Ben-Gourion et Yitzhak Rabin, ainsi que Netanyahou, Jérusalem est la clé des revendications du peuple juif sur sa patrie historique.

Le plus urgent est de construire massivement dans le quartier d'Atarot, au nord de Jérusalem, et dans la zone de Givat Hamatos, au sud, en particulier dans le corridor E1 entre Jérusalem et Maaleh Adumim. Tous ces projets de construction ont été gelés depuis les années Obama. Israël devrait construire 50.000 unités d'habitation dans ces secteurs stratégiques.

Netanyahou doit rapidement parvenir à un accord avec l'administration Trump qui apporterait à Israël le soutien diplomatique lui permettant d'entamer véritablement les constructions dans ces zones critiques. 

3. Raser Khan al-Ahmar.

Ce campement bédouin, qui est illégal, a été érigé délibérément dans la zone E1 pour contester le contrôle d'Israël sur la région de Jérusalem. C'est exactement pour cela qu'il doit être démantelé. Même la Cour suprême, qui n'est vraiment pas d'extrême droite, a approuvé le déplacement des Bédouins dans un autre endroit. Dès lors, aucune protestation de l'Union européenne, aucune menace de la Cour pénale internationale ne devraient dissuader le gouvernement d'agir immédiatement. 

4. S'installer sur le plateau du Golan.

Puisqu'il est clair qu'Israël détiendra définitivement le plateau du Golan (vu l'absence d'un État syrien unifié susceptible de formuler une revendication morale ou politique sur ce plateau stratégique), le gouvernement doit adopter sur place un plan d'investissement agressif. Il doit doubler ou tripler le nombre d'Israéliens qui y vivent et inciter les entreprises à s'y installer. 

5. Améliorer l'état de préparation de la protection civile.

Une grande guerre avec les Iraniens retranchés en Syrie approche. Les Forces de Défense d'Israël devront tôt ou tard agir pour dégrader les capacités militaires aussi bien du Hamas que du Hezbollah. Cela signifie que de nombreux missiles ennemis tomberont à l'intérieur d'Israël, quelque soit le nombre de batteries Iron Dome (Dôme de fer) et David's Sling (Fronde de David) que l'armée pourra déployer.

La population doit pouvoir se protéger dans des abris fortifiés; de même les installations critiques d'Israël, des hôpitaux aux centrales électriques, devront se prémunir efficacement.

Pourtant, quiconque a lu les rapports récents de l'armée et des contrôleurs d'État sait que sous cet angle, le pays est loin d'être prêt. Le gouvernement Netanyahou devra annoncer un plan de plusieurs milliards de shekels pour la défense civile, et investir rapidement dans la construction d'abris anti-aériens dans les quartiers les plus pauvres du sud et du nord. 

6. Expulser les agences de l'ONU de Jérusalem et d'Hébron.

Des agences hostiles de l'ONU sont installées dans des bâtiments de premier ordre à Jérusalem, sur la Colline des Munitions et à Armon Hanatziv, à Jérusalem. Il en est de même de l'UNRWA et du Bureau de Coordination des affaires humanitaires, qui posent beaucoup de problèmes. Il est temps de siffler une fin de partie pour ces organismes et de mettre aussi un terme aux programmes éducatifs de l'UNRWA dans les écoles de Jérusalem-Est. (L'énorme campus occupé par les Nations Unies au sommet de la "Colline du Conseil du Mal" (Hill of Evil counsel) à Armon Hanatziv, accueillerait de magnifiques ambassades pour des pays occidentaux pro-israéliens).

La soi-disant Présence Internationale Temporaire à Hébron doit également être expulsée. Ces observateurs soi-disant neutres de Norvège, du Danemark, de Suède, de Suisse, d'Italie et de Turquie sont des incitateurs, des pro-palestiniens virulents, des provocateurs perpétuels et non des soldats de la paix présents à titre temporaire. Il faut qu'ils s'en aillent aussi. 

7. Passez la loi de préséance.

Bien que cela semble impossible avec la majorité actuelle de 61 sièges, le gouvernement devrait néanmoins tenter de faire adopter le projet de loi de préséance sur la Cour suprême présentée par la ministre de la Justice Ayelet Shaked. Cette mesure vise à corriger le déséquilibre qui s'est créé au sein de l'État entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir législatif.

Les juges de la Cour suprême ne devraient pas avoir le dernier mot en matière de politique, et certainement pas lorsque la Knesset vote à plusieurs reprises et à une écrasante majorité en faveur de dispositions concernant la diplomatie et la défense nationale, comme les lois sur l'expulsion des migrants ou des projets de réglementation concernant les Ultra-orthodoxes, que cela plaise ou pas à la Cour. 

8. Obtenir la reconnaissance mondiale de Jérusalem et d'Israël.

Il serait formidable que d'autres pays suivent l'exemple des États-Unis et déplacent leurs ambassades à Jérusalem. Il serait également important que l'un des États du Golfe persique accueille une délégation économique ou diplomatique israélienne à titre quasi permanent.

Si il y parvient, Netanyahou aura des arguments solides pour dire que "les relations diplomatiques d'Israël n'ont jamais été meilleures".

Titre original : Justify the extra time

http://www.israelhayom.com/opinions/justify-the-extra-time/

Auteur : David M. Weinberg, vice-président de l'Institut d'études stratégiques de Jérusalem  .  Site Internet personnel  

Date de première parution : 23 novembre  2018 in  Israel Hayom

Traduction : Jean-Pierre Bensimon

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