20 octobre 2018

Un moment paroxystique pour les Juifs d'aujourd’hui

Un scientifique juif français de premier plan, résidant désormais en Israël livre un point de vue glaçant sur la condition juive concrète en ce début de siècle.


Gérard Maarek est polytechnicien. Il a fait une bonne partie de sa carrière à l’INSEE, mariant les mathématiques à l’économie. Son œuvre, nourrie et diverse, recouvre nombre travaux relatifs aux questions économiques et financières de l’époque (sur la monnaie, l’endettement, le cycle, la stagnation) mais qui touchent aussi à la psychologie sociale (psychoses et névroses collectives, troubles identitaire, famille, banlieues).


Gérard Maarek

Vivant aujourd’hui en Israël, il vient de livrer à la revue Commentaire (*) , une réflexion concise, d’un réalisme impitoyable, sur l’invariable destin juif, constatant « qu'il n'y a pas de solution de continuité entre l'exil bimillénaire du peuple juif et sa condition actuelle, qu'à chaque génération, des ennemis se lèvent pour le détruire… ». Et ceux-ci ne se réduisent pas aujourd’hui, loin de là, aux « propagandistes de la cause palestinienne [qui] se sont livrés à un vaste exercice de réécriture de l'Histoire, à la diffusion incessante de fausses informations (des fake news avant la lettre), à la tromperie sur le sens des images et des mots."

Dans sa conclusion dont on trouve ci-dessous des extraits, il dresse le tableau des défis qui assignent aujourd’hui les Juifs à une épuisante résistance sur tous les fronts, aux quatre coins de la planète, et à des choix abominables dont les racines plongent profondément dans l’Histoire.

Jean-Pierre Bensimon  le 20 octobre 2018

"[Les Juifs] sont en butte à une persécution de nature psychologique, qui vise à les stigmatiser sur la scène internationale. S'y ajoutent désormais des violences dont l'intensité ne cesse d'augmenter. En diaspora, la violence économique du mouvement boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) a été rejointe par la violence physique du terrorisme. Au Moyen-Orient, les perspectives d'un accord de paix se sont éloignées durablement, et l'État d'Israël est périodiquement contraint à des guerres défensives. L'« antisémitisme politique », qui est le fait de tous les pays qui ne reconnaissent pas l'État d'Israël – le monde musulman au premier chef – et ont banni les Juifs de leur territoire, est maintenant secondé par un « antisémitisme populaire », qui s'exprime dans les médias et dans les rues avec une grande virulence. L'Occident est désormais contaminé, tandis que les gouvernements démocratiques détournent leur regard ou se limitent à des protestations purement formelles.
"Le passé a enregistré de semblables flambées de la haine des Juifs. Mais le phénomène était généralement circonscrit à une aire géographique, ne concernait qu'une communauté particulière. Aujourd'hui, dans un monde globalisé, l'antisémitisme est devenu lui aussi un phénomène global : de Rabat à Djakarta, de Paris à Malmö, de Gaza à Jérusalem, la persécution des Juifs se poursuit par le verbe et par le meurtre.
"Des nuages s'accumulent à l'horizon. Mais qu'est-ce qui se cache au-delà ? Comment se solde généralement un tel épisode ? L'histoire nous enseigne qu'au bout du compte, les antisémites ne laissent à leurs victimes « le choix qu'entre trois alternatives : se convertir, émigrer ou mourir ». Quel est le degré de vraisemblance de chacune de ces options aujourd'hui ?
"La « conversion » au sens strict du terme n'est plus d'actualité, même si elle a contribué largement dans le passé à l'évaporation de la population juive, dans l'Espagne de l'Inquisition ou dans l'Allemagne du xixe siècle. Aujourd'hui, l'Église y a renoncé et l'Islam s'est débarrassé de ses Juifs. Pourtant une « conversion » des esprits est à l'œuvre sournoisement en Europe et aux États-Unis. Des Juifs, désireux de se fondre dans le paysage, se sont ralliés au « politiquement correct ». Avides d'afficher une position équilibrée, distanciée, ils alimentent le narratif de l'autre partie. « C'est forcément vrai, puisque ce sont des Juifs qui le disent. » Ils sont les « idiots utiles » au service d'une cause mortifère. Des mouvements tels que J Street ou J Call deviennent la caution morale de leurs propres ennemis.
"Deuxième option : « émigrer ». Cette fuite incessante devant le malheur a ponctué l'Histoire, depuis la chute de Jérusalem au premier siècle de l'ère commune, jusqu'à l'expulsion de près d'un million de Juifs des pays arabes après 1948, en passant par le sauve-qui-peut hors de l'Allemagne nazie ou de l'URSS. Encore aujourd'hui, les avanies infligées aux Juifs de France les jettent sur les routes de l'alyah en Israël ou de l'exil au Canada. Mais cette « solution », même si Nasser en a rêvé ou si les Arabes de Palestine en rêvent encore, ne videra pas la Palestine historique de ses habitants juifs, eu égard à leur nombre et à l'absence d'une quelconque base de repli.
Troisième option, « mourir ». Les Israéliens, citoyens d'un État souverain, doté d'une armée puissante, ont aujourd'hui la capacité de s'opposer à la réédition du passé, les bûchers de l'Inquisition et les camps d'extermination. Les pays, l'Iran ou quelque autre satrapie, qui tenteraient d'imposer cette « solution » doivent s'attendre à une réaction d'une grande brutalité. L'avenir de tous les Juifs, des populations du Moyen-Orient et de bien au-delà se jouera alors sur le sort des armes.
"Dans le drame qui se joue, il y a lieu de saluer l'alliance à la fois militaire et morale avec les États-Unis d'Amérique. Mais il faut aussi pointer la responsabilité particulière des États européens. Ils ont pris le parti de conforter les Arabes dans leurs exigences. Ce qui a pour seul effet de prolonger le conflit, en leur laissant l'espoir de gagner la prochaine bataille après avoir perdu toutes les précédentes. Ils font la morale aux Israéliens, en oubliant leurs propres turpitudes présentes et passées. La seule attitude digne eût été de signifier aux Arabes leur défaite définitive, en leur imposant une solution qui satisfasse pleinement aux impératifs de sécurité d'Israël. La dette qu'ils ont à l'égard du peuple juif n'est pas éteinte, et on aurait pu attendre davantage de solidarité avec leurs victimes d'hier. Si une nouvelle conflagration devait survenir, avec son lot de morts et de destruction, les Européens en seraient pleinement coupables. Il sera trop tard pour implorer le pardon, une fois de plus.
"La survie et l'intégrité d'Israël reposent sur sa capacité de dissuasion, la crainte qu'il inspire à ses ennemis. Cette situation se prolongera autant que nécessaire, jusqu'à ce que ceux-ci se soient rendus à résipiscence. C'est le scénario qu'il faut souhaiter pour le bien des Juifs et la stabilité du monde libre."
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Note:
(*) La persécution des Juifs, hier et aujourd'hui Gérard Maarek  Commentaire N° 163 Automne 2018

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