6 octobre 2018

La décomposition des normes culturelles occidentales

Israël est faussement accusé de crimes, -massacres, colonialisme, occupation-, dont il est en même temps innocent, victime, et première cible. les auteurs de ces falsifications s'estiment à l’abri de tout soupçon concernant ce genre d’agissements.



Le numéro de cirque qui a accompagné la procédure de confirmation [du juge] Kavanaugh, n'a pas été seulement un spectacle hallucinant et inédit. Il s’agit d’un événement hautement significatif de la dislocation des normes culturelles américaines et occidentales.

Les allégations d'agression sexuelle contre Brett Kavanaugh, candidat à un siège à la Cour suprême, se sont effondrées en raison de leurs multiples contradictions, de l’impossibilité de les prouver et de doléances infondées.

Ceux qui ont instantanément jugé Kavanaugh coupable de ces accusations ont-ils exprimé leur contrition pour cet assassinat moral? Bien au contraire. Ils se sont focalisé sur des accusations encore plus fallacieuses, notamment sa consommation d'alcool dans son adolescence, ses mensonges et sa pédophilie. Ils ont aussi évoqué sa disqualification apparemment irréparable pour l’exercice de hautes fonctions judiciaires car il a exprimé sa colère et son grand dépit en voyant sa réputation jusque-là excellente entachée à jamais par des calomnies.
Pire encore, aux yeux d’une foule en délire, Kavanaugh incarne par procuration toutes les transgressions et injustices sociales.

Ainsi, face à un assassinat moral vicieux sur la base d'accusations manifestement absurdes, c'est la victime qui est  déshumanisée, diabolisée et délégitimée. De plus, le fait même de laisser entendre qu'il est en réalité la vraie victime est considéré comme un outrage supplémentaire.

Ça vous dit quelque chose ? Cela devrait. Car c'est exactement le traitement réservé à l'État d'Israël et aux Juifs qui le soutiennent.

Israël est faussement accusé de crimes d’agression sanglants, de colonialisme et d'occupant, toutes choses dont il est innocent, mais dont il devient en fait la victime ou la cible. Ceux qui propagent ces  mensonges sont convaincus d’être à l’abri de tout soupçon d’agissements du même ordre.

En Grande-Bretagne, les gens sont ébranlés par le scandale de l'antisémitisme au sein du Parti travailliste. Ils ne peuvent tout simplement pas comprendre comment des propos aussi monstrueux sur les Juifs peuvent réunir autant de suffrages. Aux États-Unis, les gens se prennent la tête à deux mains devant le scandale Kavanaugh et se demandent tout haut comment l'Amérique a bien pu en arriver là.

Pourquoi cet étonnement ? Enraciné dans des mensonges obsessionnels, des distorsions de sens, des accusations de meurtres rituels et de théorie du complot - les marqueurs de l'antisémitisme classique à travers les siècles - le discours anti-israélien a imprégné les cercles britanniques "progressistes" pendant de nombreuses années.

Les crises de nerfs mondialisées concernant Kavanaugh ou Israël ne viennent pas de nulle part. Elles sont intimement liées à des courants sociaux et culturels beaucoup plus profonds.

Tout simplement, la civilisation occidentale s'est éloignée de ses principes fondamentaux enracinés dans les textes fondateurs de la morale biblique.

La montée du sécularisme, qui a donné au monde la tolérance et la liberté politique, a également placé cette civilisation sur une trajectoire qui a abouti au communisme et au fascisme. Ceux-ci se sont transformés à leur tour en une forme de totalitarisme culturel fondé sur la tyrannie de l'individu, où la vérité objective est éclipsée par des sentiments subjectifs, où la doctrine des valeurs universelles se substitue aux liens à une culture particulière.

Cela a provoqué l'effondrement des éléments constitutifs de la civilisation occidentale : la famille nucléaire traditionnelle, la notion d'éducation comme transmission de la culture à travers les générations, et l'idée même d’une nation occidentale.

A leur place nous avons le multiculturalisme, la liberté sexuelle et le genre portés au pinacle, et une forme moderne de guerre tribale connue sous le nom de politique des identités. Tout cela est basé sur l'idéologie, la recherche du pouvoir et, surtout, la rage, la rage d'être abandonné par ses parents, la rage liée au sentiment d’avoir des droits non reconnus, la rage d’avoir été précipité dans le monde sans boussole, sans une identité cohérente.

Nous vivons actuellement un moment à la fois révolutionnaire et contre-révolutionnaire. Révolutionnaire a travers l'Occupation, les Antifa, Black Lives Matter, #MeToo. Il s'agit de mouvements qui visent tous à prendre le pouvoir par la force, la violence physique, l’intimidation, l’assassinat moral, etc.

Ce qui se déchaîne ainsi est au-delà de la raison : une haine pathologique, inexpiable, violente. Sur Twitter, Carol Christine Fair, une politologue de l'Université de Georgetown, a fait une crise de rage contre Kavanaugh, contre "les hommes blancs qui s’estiment autorisés à s’arroger des droits de violeurs en série. Tous mériteraient une mort pitoyable, les féministes riant au moment de leurs derniers soupirs. Bonus : castrerons-nous leurs cadavres et les donnerons-nous en pâture aux porcs ? Oui."

Un sénateur républicain a été bouté hors d'un restaurant ; d'autres ont dû être escortés vers les bureaux du Capitole pour les protéger des manifestants ; des informations personnelles comme l'adresse du domicile et le numéro de téléphone portable des sénateurs ont été mises en ligne.

La vérité n'est plus reconnue, pas plus que la différence entre l’affirmation et la preuve. Dans The Forward, Jane Eisner écrit : "Christine Blasey Ford [l'accusatrice principale de Kavanaugh] est toutes les femmes. C’est ce qui arrive quand vous nous poussez trop loin."

Pour Eisner, il semble qu'une affirmation subjective, non corroborée et douteuse, soit a priori vraie si elle émane d’une femme contre un homme. Eisner ne tient pas seulement l'agression de Kavanaugh contre Ford pour un fait qui est advenu, elle tient pour acquis que cette femme en a conservé le souvenir en mémoire pendant 36 ans, mais il est aussi convaincue que "beaucoup d'entre nous [les femmes] nous efforçons de soutenir la structure du pouvoir au lieu de la prendre d’assaut".

Toutes ces absurdités venimeuses sont à la base des attaques de nos classes progressistes contre la nation occidentale vécue comme la source de tous les maux.

Rejetés par ces élites arrogantes, les gens ordinaires nourrissent une colère qui ne cesse de croître. Colère d'être privés de leur propre culture. Colère d'être privés de la capacité d'exprimer leur culture dans le cadre de l'autonomie démocratique. Colère contre l'intimidation, la diffamation et la méchanceté dont ils sont la cible parce qu'ils veulent ces choses-là.

Cette colère de l’opinion s'est traduite par une contre-révolution : le double phénomène du vote du Brexit en Grande-Bretagne et du pouvoir de Trump en Amérique.

Nous sommes maintenant à un point d'inflexion critique. L'ancien ordre mondial cède la place à de nouvelles alliances. Israël, l'Arabie saoudite et Trump contre l'Iran, l'Union européenne et le Parti démocratique américain. L'opinion publique britannique contre l'Union européenne et l'establishment politique et médiatique britannique. L'Europe de l'Ouest contre les Européens de l'Est qui savent ce que c'est que de perdre sa liberté et qui reviendront pas sagement à ces temps obscurs.

Aujourd'hui, certains partis européens qui défendent leur nation et leur culture sont disqualifiés par l’accusation de  racisme et de fascisme. Certains d'entre eux sont en effet autoritaires et peu libéraux.

Mais le choix qui s'offre à nous - et c'est un choix capital - n'est pas binaire. Ce n'est pas un choix entre la démocratie libérale et son antithèse, parce que les frontières entre démocratie et autoritarisme se sont estompées.

Les sociétés occidentales, où la présomption d'innocence et la liberté de critique ont été érodées, ne sont plus libérales ; elles sont devenues profondément antilibérales. Dans le même temps, des sociétés autrefois totalitaires comme la Russie peuvent aujourd'hui se vanter d'être démocratiques, mais en réalité, leur système électoral est une illusion.

La frontière entre la liberté politique et l'autoritarisme est l'une des grandes questions de notre époque.

Et pendant ce temps, il y a Israël, l'État-nation originel et antique, fondé sur les principes moraux, sociaux et de raison qui sont la base même de la civilisation occidentale.

Qui peut donc s'étonner qu'Israël soit la cible du venin "progressiste" occidental ? Mais pour la même raison, Israël se trouve au centre de la grande lutte en cours pour sauver la civilisation occidentale.

Il est temps pour Israël, et pour le peuple juif du monde entier, de reconnaître cette dernière manifestation du destin juif et d'agir en conséquence.

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Auteur : Melanie Phillips est une britannique, journaliste au « Times of London» et essayiste. Elle a publié des Mémoires et un roman « The Legacy » en avril 2018. Ses travaux sont disponibles sur son site personnel www.melaniephillips.com

Date de première publication : 04 octobre 2018 dans Jewish News Syndicate https://www.jns.org/

Traduction : Jean-Pierre Bensimon 

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