23 octobre 2018

Donald Trump, les ambassades, les embrassades, et le président télégraphiste


On reparle du “plan Trump” en ce moment en Israël. A plusieurs reprises, le président américain a souligné dans un style assez peu élégant qu’Israël devrait « payer davantage. » Payer davantage quoi ? Sa reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’État juif le 6 décembre 2017, et le retour de l’ambassade américaine dans cette capitale le 14 mai 2018.

D’un coté cette demande a quelque chose d’étrange. Une capitale est le siège des principaux organes gouvernementaux, politiques, administratifs et judiciaires d’un pays quelconque. Ce siège étant pour Israël à Jérusalem, il n’y a aucune raison justifiant que la reconnaissance de Jérusalem comme capitale soit assimilée à une générosité dont Israël devrait acquitter la facture. 



De l’autre, naturellement les choses sont plus compliquées. Depuis la loi de 1980 faisant de Jérusalem la capitale «indivisible et éternelle» d’Israël, l’écrasante majorité des Occidentaux et des autres États ayant des relations diplomatiques avec lui ont relocalisé leur ambassade à Tel Aviv. Mieux, au cours des années, ils ont fait de cette question un grand tabou dans le sillage d’un soutien quasi religieux à la « solution des deux États », et plus prosaïquement aux Palestiniens de Ramallah et à leur insondable vertu de victimes de la « colonisation ».

Ces derniers font pire que pendre dans le temple (ou le cimetière) où l’on célèbre les principes iconiques de l’universalité contemporaine, les droits de l’homme, le statut égal de la femme, la proscription du racisme, de la corruption, de la torture, de la peine de mort, des mauvais traitement aux enfants, de l’incitation à la violence, de la discrimination religieuse, de genre, et tutti quanti…. Les coups de semelle palestiniennes aux icônes sacrées ne font pas ciller les saints ni les prêtres du Département d’État américain, de la Commission européenne et de son héroïne Federica Mogherini, du parlement suédois, ni last but non least de notre Élysée national ou du fameux Quai d’Orsay. 

C'était inévitable, la reconnaissance de Trump du 6 décembre fit l’effet d’un séisme dans tout ce petit monde. Le locataire de la Maison Blanche avait pourtant bien spécifié que son initiative ne préjugeait nullement « les limites spécifiques de la souveraineté israélienne à Jérusalem ». Il avait reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, mais il avait affublé sa reconnaissance d’une subtile limitation à venir de la souveraineté d’Israël sur sa propre capitale. 

Il y avait bien eu en 1995 une décision ultra majoritaire du Congrès américain, de reconnaissance de la capitale et de transport de l’ambassade à Jérusalem, décision  reportée pendant plus de deux décennies. Pour le 50ème anniversaire de la réunification de Jérusalem, il y avait bien eu en juin 2017, une résolution unanime du Sénat américain, célébrant l’indivision d’une ville « où une présence juive pouvait être attestée depuis 3 millénaires ». Un président n'est pas enchaîné par des résolutions. Mais il faut consentir à décharge, qu’aux termes des accords d’Oslo (1993-1995), Israël a accepté d’inscrire Jérusalem dans la liste des questions relatives au statut final ouvertes à la négociation. Et qu’en 2000 (Camp David), 2001 (Taba) et 2008 (Olmert), ses dirigeants de l’époque proposèrent des plans de paix qui divisaient la capitale indivisible.

En tout état de cause, nous dit donc Donald Trump, il y a « à payer davantage » et l’on pense de plus en plus que ce «prix» serait la reconnaissance d’une capitale palestinienne à Jérusalem, inscrite dans le mystérieux « plan de paix » que l’oncle Sam annonce maintenant pour la fin de l’année.

La chaîne TV 10 israélienne a rapporté à ce sujet, une conversation surement « fuitée » à dessin entre Trump et le président français Emmanuel Macron. Nous savions, nous autres hexagonaux, que nous nourrissions des présidents  télégraphistes. Nous en avons aujourd’hui la confirmation. Trump aurait donc confié à son interlocuteur : « J’ai donné beaucoup à Bibi, j’ai transféré l’ambassade à Jérusalem… Vous savez Emmanuel, je peux être dur avec Bibi… » Renversons : pour recevoir cette réponse, Emmanuel devait avoir présenté à Donald un plaidoyer déchirant pour le compte de Mahmoud Abbas et de sa cause. Il faisait son travail de transmetteur, ô notre diplomatie de postiers !

On le revoit encore, ce président,  embrassant tendrement à Paris le grand homme palestinien qui lui rendait visite, le 21 septembre, au lendemain d’un attentat au couteau qui devait coûter son existence à un héroïque israélo-américain, Ari Fuld, un simple civil de 45 ans, père de 3 enfants. Le meurtrier était un jihadiste des Territoires, Khalil Yusef Ali Jabarin.  Juste avant d’embrasser Emmanuel Macron, Mahmoud Abbas venait d’accorder au dit Khalil Jabarin un salaire de 1400 shekel  mensuels pendant trois ans sous réserve d’autres compensations. Macron sait choisir ses causes et les plaider fidèlement.

Visiblement, nous conservons intacte notre tradition du président télégraphiste.

Jean-Pierre Bensimon

23 octobre 2018

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